lundi, septembre 12, 2005

canard à voile : jour 4

Jour 4 (16 mai)

04h. Jour 4. Enfin, «jour», c’est un peu exagéré puisqu’il fait encore un peu noir… Mais enfin on sent que le soleil veut se lever. La lune s’est levée il n’y a pas si longtemps, c’est un mince croissant. Demain ce sera probablement la nouvelle lune, puis on la verra enfin croître.

Rien à l’horizon depuis le début de mon quart, à 03h. Nous sommes full voile, moteur au ralenti, au neutre. Je pense que nous n’irons pas aux Bermudes finalement. Le vent est bon et la navigation sera plus plaisante si nous arrivons via notre «point milieu», un peu à l’ouest des Bermudes, plutôt que par le nord directement, ce qui serait le cas si nous arrêtons aux Bermudes. Tant pis pour mon boss des Bermudes, je n'irai pas lui faire de pied de nez.

04h15, je ne vois toujours pas le soleil. Il fait clair un peu, mais ça pourrait être mieux. J’en ai jusqu’à 06h avant la fin de mon quart. 484 milles nautiques avant notre point milieu. On en a fait plus de la moitié, donc le quart de notre voyage environ. Nous sommes presque à la hauteur de Norfolk.

Le soleil tarde à se lever...


Hier après midi, nous avons réparé la poulie du premier ris de la grande voile. Le bateau est bien équipé en outils. Il y avait même un étau dans la petite salle des machines, alors j’ai pu redresser la plaque d’appui de l’ancienne poulie, qui était pliée à 90°. Pendant ce temps les autres préparaient vis, perceuse, faisaient les trous dans la bôme… Il faisait très chaud dans la salle des machines, on n’y était pas bien comme au début, dans le nord!!!

05h30 : Je pense à faire du café pour que l’odeur réveille Jean-Marc. Ainsi je ne paraîtrais pas cheap de le réveiller plus tôt que son quart, et j’ai l’air d’être bonne pour lui et lui préparer son café. Mon plan tombe à l’eau, je m’aperçois que je ne sais même pas quelle soupape de gaz correspond à quel rond sur le poêle. C’est là que je me rends compte qu’en 4 jours je n’ai jamais fait la bouffe.

Pour me faire pardonner, le midi, je leur prépare une de mes spécialités, mais avec les moyens du bord : pain hamburger au lieu de pita et mayonnaise au lieu de sauce tzatziki. Ils se régalent quand même. On fait ce qu'on peut.


Ça c'est moi à 05h du matin, puis encore moi dans l'après-midi...


22h, sur mon quart de 21 à 24h.
Journée pleine de péripéties, qui agrémentent le cours monotone du temps. Tout a commencé avec le fil de canne à pêche qui s’est emmêlé. Petit drame.


Puis, nous avons découvert un peu d’eau dans les fonds, sous une trappe sous le tapis. Nous avons procédé à son pompage. Dans ce compartiment, il y avait deux ancres de surplus, entourés d’une couverture, deux sacs pleins de couvre-voile, un aspirateur. Nous avons tout sorti pour faire sécher et pomper le fond. La salle de séjour était pleine des morceaux de tapis, des trappes soulevées, nous avions peine à y bouger. Déjà que normalement c'est pas grand...

Nous avons arrêté le moteur complètement pour la première fois depuis notre départ. Vu que nous paranoïons les batteries, nous les avons vérifiées. Mais en passant d’un banc de batteries à l’autre pour les tester individuellement, la procédure a eu pour conséquence de couper momentanément des choses essentielles telles que le pilote automatique, le GPS, et l’arrivée de gaz pendant la cuisson de notre gigot d’agneau.

Nous avons fini par tout remettre en fonction (sauvons le gigot d’agneau!!!). Nous avons redémarré le moteur quelques heures plus tard, le vent était tombé et nous n’avancions presque plus. Sauver du fuel, c’est bien, mais avancer, c’est encore mieux! Et finalement, pas de moteur, c’est presque aussi bruyant qu’avec. On entend l’hélice tourner dans le courant, et le bruit irrégulier du pilote automatique.

Le niveau de mayonnaise devenant alarmant, je tente d’en fabriquer une. Succès total, tout le monde est rassuré, nous ne manquerons pas de mayo pendant toute la durée du voyage!

Cette nuit, il fait toujours aussi chaud, et en plus, très humide. Les plastiques de protection entourant le cockpit sont tous pleins de bruine, les sièges sont mouillés. Beurk. Mais on voit les étoiles, le vent est frais, on n’est pas trop penchés.

Nous sommes à 390 milles de notre point milieu, qui est en fait un peu plus loin que le milieu. Il représente notre objectif pour contourner les courants contraires et prendre les alizés pour revenir vers St-Martin. Nous avons un joli coucher de soleil. Paul tente aussi de le photographier...


Je me suis lavé les cheveux cet après-midi. Je n’ai utilisé que 2/3 de gallon d’eau douce, j’ai donc gagné le droit de les relaver une fois avant la fin du voyage!

Paul a fait le point avant d’aller se coucher. Il a aussi fait la vaisselle. Il est bon. Il est aussi meilleur photographe que moi. Ou il a un meilleur appareil...Position de midi : 37° 05,8’ N et 59° 21,3’ O.

1 commentaire:

Lui-là a dit...

Je manque de mots pour te dire combien tes récits me font triper.

Je vais finir par être obligé de cesser de commenter : ça va être bien trop répétitif. :o)