samedi, avril 07, 2012

Les Planctons

Cette chronique vous fera partager avec moi une expérience traumatisante vécue. Elle relate mes premiers contacts avec les «Planctons», ces êtres étranges venus d'ailleurs *

Naviguant par culte de la houle et mépris de la foule, je m'embarquai, sereinement, toute candide, sur un petit bateau d'aspect anodin. À peine arrivée à bord, on m'apostropha en ces termes : «Combien vous êtes, de votre gang?». Interloquée, je m'inventoriai, et  je pus lui assurer que je n'étais bien qu'une. Ainsi que je le sus plus tard, on m'avait prise pour l'avant-garde d'un troupeau de Planctons, et je réalisai, horrifiée, que je me trouvais sur un navire «scientifique»!

C'est d'ailleurs par cette appellation non contrôlée qu'ils se dénomment eux-même et, de ce fait, nous ravalent, nous, vulgaires marins, au niveau d'une tribu de ramapithèques de l'époque du pliocène. Notre intellect offensé a aussitôt réagi en les qualifiant de «Planctons», titre qui correspond un peu mieux à leurs activités principales à bord, à savoir la prise d'échantillons d'eau du Fleuve et la pêche aux organismes microscopiques s'ébattant dans le fond d'un bécher.

Donc, plutôt que de transporter, peinards, grain, minerai, pétrole ou encore conteneurs, nous trimbalions ces êtres anthropomorphes semant le chaos dans notre organisation sociale si bien rodée.

Sur un navire normal, nous formons tous une grande famille dont le papa est le capitaine et la maman le chef mécanicien. Tels de véritables frères et sœurs, tout l'équipage se méprise cordialement, s'engueule dans l'harmonie la plus complète et rivalise de médisance dans une totale bonne humeur.

Or, crevant ce doux nuage de sérénité sociale, paradis des misanthropes, surviennent ces Étrangers de passage.

Contrairement à un conteneur, un baril de pétrole ou une poignée de gypse, il faut nourrir cet encombrant cargo, écouter leur verbiage, réparer leur lampe de chevet ou leur bécosse... Et puis ils rendent les calculs de stabilité terriblement complexes lorsqu'on sait qu'ils peuvent se transférer spontanément de bâbord à tribord pour une baleine ou un iceberg.

Ils ont pourtant quelques avantages sur le cargo traditionnel : ils embarquent à bord par eux-même, avec juste un minimum de supervision, pas besoin de grues ou de palans, ce qui diminue les frais de manutention. On peut aussi les dresser à aller chercher le journal aux escales du navire et, avec un peu d'adresse, on le leur fait même payer.

Et puis quoi de plus romanesque que d'admirer une aurore boréale en compagnie d'un grand Plancton blond?

* Ailleurs = Institut Maurice Lamontagne

vendredi, mars 30, 2007

Retour vers le Nord


Ça y est, de retour vers notre mère-patrie! Enfin, je dis «notre» alors qu’il ne s’agit en réalité que de moi puisque je suis la seule Canadienne à bord. Autrefois, le Gypsum Baron était enregistré à Londres (Angleterre) mais avait un équipage canadien et des hauts gradés britanniques. Je suis la seule rescapée de cette époque bénie, avec mon capitaine Écossais, depuis que le pavillon est devenu Bermudien.

Je ne me targue habituellement pas de mon statut de Canadienne (qui me donne le privilège de faire les emplettes pour le bateau...), mais Hantsport est un peu mon petit chez-moi, et je considère la baie de Fundy comme mon entrée de garage.

Ce matin, en me levant, juste avant de prendre mon café rituel, je vais faire un tour sur le pont. Il est 06h, le soleil va bientôt se lever. L’air commence à fraîchir, on sent l’automne arriver. Mais ce qui frappe mon cerveau reptilien (le reste du cerveau n’est pas encore tout à fait éveillé), c’est le fumet! En fait, le cerveau reptilien ne sert qu’à ça, je crois : recevoir des fumets. L’iode, les algues, le poisson, toutes ces senteurs maritimes qui disparaissent quand on est trop au large, ou bien près des côtes urbanisées…

Dans la baie de Fundy, les eaux ont une teinte brune, rouge et ocre. Rien à voir avec le turquoise des Antilles ou des Caraïbes. Mais tout de même rien à voir non plus avec la pollution de la rivière Hudson avec ses eaux malsaines. Ici, le sol même est rouge. Boueux. Et les marées de 13 mètres, les plus hautes au monde, contribuent à brasser le tout. Il s’agit donc d’un brun noble, donc acceptable pour ma fierté pan-canadienne. Les Rocheuses peuvent aller se rhabiller.


Trois heures avant la marée haute...


... et à la marée haute!

Hantsport, comme durée d'escale, c’est un clin d’œil dans nos voyages. Que dis-je, un frémissement de cil. Ou de poil de jambe. C’est rapide, c’est entre deux marées, c’est trois heures (maximum). On s’y prépare longtemps en avance. Nous planifions notre vitesse pour y arriver trois heures avant la marée haute, à lège, pour charger, à fond les manettes, avec deux convoyeurs, avant même que le «Finish with Engine» ne soit sonné sur le télégraphe. Puis on repart à l’étale de la marée haute, pour que la marée descendante nous guide vers le large. Mais surtout parce que dès que nous sommes chargés, si la marée descend d’un poil (de jambe?), nous touchons le fond.

Au-delà de la poésie du petit chez-soi romantique, une planification s’impose. Déjà, il faut décider qui du chef mécanicien ou de moi (second mécano) ira à terre. L’un de nous doit rester à bord. Celui qui sort gagnant de cette confrontation a cependant du pain sur la planche. Avec le chef polonais, c’est habituellement moi qui gagne (ou qui s'y colle). Une demi-heure avant la fin de la manœuvre, quand on commence à voir le quai au loin, le chef vient me remplacer dans la salle des machines. Je me hâte d’aller chercher mon courrier (arrivé via le remorqueur quelques minutes auparavant), histoire de voir si j’ai des comptes urgents à payer, puis je m’habille en civil. J’enfile pardessus mon civil : mon gilet de sauvetage, mon casque de sécurité, mes lunettes protectrices, qui constituent l'équipement réglementaire pour obtenir le droit de passer sur le quai.

On a l'air malin, au supermarché, avec notre accoutrement!!!

J’ai, en plus de la mienne, la liste d’achat de la moitié de l’équipage, ma carte de téléphone pour donner quelques nouvelles à mes proches, mon ordinateur portable pour aller chercher mon courriel, mon carnet de banque…

Juste avant qu'on accoste, je m’installe à proximité du gangway et j’attends que les matelots finissent de l’attacher. Dès le dernier nœud terminé, je me précipite. Je salue les gars de terre en passant, je me hâte vers la petite cabane en haut de la côte. Je me déleste de mon gilet de sauvetage et tout cet équipement qui me donnerait un air bizarre au village. J’attrape le téléphone, je fais quelques brefs appels, prends mes courriels, puis les choses sérieuses commencent. Je quitte l’enclos de la Gypsum et j’arrive en Ville!!! Enfin, au village...

Arrêt au bureau de poste, arrêt au petit magasin du coin pour vérifier les billets de loteries des ti-gars, arrêt à la banque, arrêt au supermarché pour effectuer les commissions de tout le monde… Il n’est pas rare qu’au supermarché je rencontre certains de mes gars. Souvent le cook lui-même, parfois d’autres, qui font provision de cochonneries pour un party qui s’en vient.

J’en profite pour recruter quelques bras pour mon prochain arrêt, la quincaillerie. C’est là que je fais les achats pour la salle des machines. Outils, joints, accessoires électriques, tout ce qui est un peu trivial mais trop pressé pour attendre que la commande soit acceptée par les Bermudes, autorisée par Manille, cotée par diverses compagnies américaines, approuvée de nouveau par les Bermudes, commandée finalement, puis livrée par la compagnie choisie, qui la confiera à une agence de distribution, qui l’enverra dans le port supposé où nous devrions arriver éventuellement.

Gare à nous si notre horaire change! Quand on a besoin d’une rondelle d'étanchéité parce que notre toilette coule, c’est un peu chiant (et je pèse mes mots) d’attendre tout ce temps.

Parfois, par solidarité, l’un des bateaux de la Gypsum ramène à Hantsport (point de rassemblement universel des Gypsum King, Gypsum Baron, A.V Kastner et Gypsum Centennial) les boîtes qui sont destinées à l’autre. Nous fréquentons tous les mêmes ports, ou à peu près. Il y a cependant le risque que le Centennial, alléché par le contenu de la commande qui nous est destinée, nous pique quelques gants de travail, quelques boulons, quelques outils. Mais ce sont des risques calculés. Le fautif s’expose à une vengeance!

Heureusement que Hantsport n’est pas très grand. Le chemin du retour se fait habituellement à la course, sacs d’épicerie en main, pack-sac rempli à ras-le-pompon sur le dos, en écoutant avec inquiétude le bruit du chargement. On entend la roche tomber jusqu’au centre-ville! Tant que le chargement n’est pas terminé, il y a espoir de ne pas rater le bateau. Je dois me hâter car personne n’attendra après moi. Le navire doit quitter, même si le capitaine en personne manque à l’appel, sinon c’est l’échouage à marée basse.

Un dernier arrêt à la cabane en haut de la côte pour ré-enfiler l’équipement de sécurité, puis je dévale la côte au pas de course, en faisant attention pour ne pas déraper dans la boue de gypse qui couvre le sol. Le premier maître, qui surveille la fin du chargement à partir du quai, me nargue en tapant des mains en cadence. Les matelots sur le pont, déjà à leur poste prêts à larguer les amarres, m’encouragent avec de grands gestes de la main. Les gars de terre, habitués à me voir arriver à la dernière minute, arborent un sourire narquois.

Et moi, jurant qu’on ne m’y reprendrait plus, je cours, je cours, je cours… et j’y arrive de justesse, juste après que le premier maître soit remonté à bord et que le dernier des gars de terre soit descendu.

Je file vers la salle des machines, moins pour reprendre mon poste au plus vite pour remplacer le chef, que pour éviter les reproches du capitaine. Je dois d’abord reprendre mon souffle dans le calme de la salle des machines.

Le «stand-by» est déjà sonné, la manœuvre est commencée, le chef hoche la tête mais ne dit rien (vu que je lui ai ramené une cargaison de thé) et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures.

Un autre voyage à Stony Point, et dans moins d’une semaine, nous reviendrons à Hantsport!

vendredi, février 23, 2007

Entrée en territoire occupé! (le 2 octobre 2001)


Nous nous dirigeons vers Stony Point, en amont de New-York, de peine et de misère, à travers vents et marées… Nous passons par le canal du Cap Cod, parce que la tempête fait rage plus au large… Nous nous mettons ensuite à l’ancre à Ambrose, à la station de pilotage au large de l'état de New York, là où tous les navires reçoivent la consigne d’attendre une inspection de la garde côtière américaine. Nouvelles mesures dues aux récents évènements du 11 septembre 2001. Nous attendons, toute la nuit, mais personne ne vient...

Le lendemain, nous obtenons l’autorisation de partir. Nous poursuivons donc notre route vers New-York-la-ville, après qu’un pilote américain soit monté à bord pour nous guider, procédure normale dans les rivières.


Au bout d’une heure de navigation, alors que nous arrivons en vue de la statue de la Liberté, nouvelle consigne. Il faut maintenant passer les ponts de Manhattan sous escorte de remorqueurs. Le 11 septembre se fait encore sentir. L’administration du port de New-York, ne voulant pas être en reste avec la paranoïa générale qui s’est emparée du pays, doit prévoir le cas où notre capitaine serait un de ces kamikazes venus exprès pour sacrifier son navire, son équipage, sa cargaison et sa carrière sur un pilier de pont… Nous devons alors tourner en rond à vitesse réduite pour attendre la disponibilité des remorqueurs. C’est que nous ne sommes pas les seuls kamikazes putatifs… Le trafic dans le port de New-York est considérable. Et les ennemis de la Nation sont partout!

Je profite du délai pour sortir de la salle des machines et admirer le paysage. C'est mon premier passage devant New-York de puis les Événements... Je constate de visu la disparition des deux tours familières.

Ainsi donc, il ne s’agit effectivement pas d’un immense canular à la HG Wells. Dès notre arrivée, je m’empresserai de confirmer la nouvelle par courriel à mes amies qui pourraient être encore sceptiques.

Enfin, les remorqueurs arrivent et, bien entourés par tribord et par bâbord, nous continuons notre chemin… Nous passons le pont de Manhattan sans montrer d’agressivité envers les piliers, ce qui doit certainement rassurer l’administration Bush. Les remorqueurs nous larguent pour aller escorter d’autres capitaines suspects qui attendent leur tour pour passer.

Nous continuons donc notre route tout seuls comme des grands. Après avoir remonté l’Hudson pendant un autre quatre heures, nous finissons par arriver en vue de notre quai, à Stony Point, loin de toute l’agitation de la ville. Juste à temps pour la marée. Dès l’accostage, les agents de l’immigration arrivent à bord et vérifient les visas, les passeports, les papiers, les gens. Comme d’habitude. Sauf que cette fois-ci, il s’avère que les Philippins et les Polonais sont interdits de séjour aux États-Unis d’Amérique (prononcer sur l’air de «God save the Queen», «God bless America», ou bien «God is an American», au choix).

Fort bien. Ce qui ne laisse, tout compte fait, que moi-même (Canadienne) et le capitaine (un Écossais) libres de sortir. À la grande surprise des Agents de l’Immigration de Son Gracieux Président, je suis loin de me rengorger de l’honneur qui m’est fait. Je sais ce qui va se passer... Le chef cook avait prévu de faire des emplettes complémentaires au supermarché pour améliorer l’ordinaire et il a fait une liste d’un kilomètre de long. Puisqu’il ne peut sortir du navire, ce sera le capitaine et moi qui allons hériter de la tâche.

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés au supermarché, avec deux paniers d’épicerie pleins, à nous demander à quoi peut bien ressembler le chou chinois inscrit sur la liste par notre cuisinier…

Moi qui déteste aller à terre, et qui déteste magasiner… Pfffft!
Voilà où ça nous mène d'être Canadien!!!

dimanche, janvier 21, 2007

Aventures dans le fore deep

Cette fois, le Destin me conduit dans le «fore deep ballast tank», qui, comme son nom l'indique, est en avant (fore), profond (deep), sert à l'eau de lest (ballast) et est un réservoir (tank). Nous avons une réparation à faire. Il s'agit de la soupape d'aspiration d'eau de mer de la pompe à feu d'urgence, qu'un ingénieur, bien au chaud dans son petit bureau, a jugé pratique de mettre dans le fond d'un réservoir inaccessible.

En tant que Responsable, il m'incombe de superviser la dite réparation, mais attention, c'est le «fitter» qui s'y colle. C'est un gentil garçon aux yeux de velours.

C'est donc flanquée de mon fitter et d’un sous-fifre, munis de l’équipement nécessaire à la conduite de notre mission (lampe de poche, corde, sceau, marteau, pipe wrench, combinaisons jetables et bien sûr le précieux certificat de permis d’entrée dans un compartiment fermé), que nous nous dirigeons vers l’avant du navire.

Le trou d’homme qui ferme l’accès au «fore deep» a été préalablement ouvert et ventilé par un autre sous-fifre. L’atmosphère est testée, 20,9% d’oxygène, c’est bien. J’enfile une combinaison jetable. Mon fitter fait de même. Je protège ensuite mes cheveux d’une guenille propre. Mon fitter juge la précaution inutile. Il est chauve (on peut avoir des yeux de velours et être chauve!). Gants, lumière, outils, tout est prêt. Sous-fifre restera en haut pour monter la garde. Non pas que nous nous attendions à une attaque d’espions armés jusqu’aux dents cherchant à dominer l’univers mais, plus prosaïquement, il s’agit d’une précaution protocolaire dans le cas où nous manquerions d’air, manquerions un échelon puis tomberions dans le fond du réservoir en nous assommant sur les varangues en passant et nous noierions dans l’eau croupie en gisant dans notre sang dans d’atroces souffrances.

C’est parti. J’entreprends prudemment la descente des barreaux de l’échelle, lampe de poche entre les dents. À l’intérieur, il fait noir, froid et humide. Le visage de mon co-équipier se profile là-haut, sur le pont, au travers de l’étroite ouverture d’accès. La journée est belle, le roulis n’est pas trop incommodant. Tant mieux, il ne me vomira pas dessus.

J’atteins le premier palier, 6 mètres plus bas. Il n’y a pas encore trop de boue. Je me demande si je n’ai pas exagéré en entourant mes bottes de travail de sacs de plastique! Le fitter me rejoint, puis je continue vers le fond, que je vois déjà, à la lueur de la lampe, couvert d’eau qui ballote doucement au gré des vagues. Bon. Espérons que les sacs de plastique recouvrant mes bottes ne sont pas percés! Floc! Floc! Trois pouces d’eau, ce n’est pas la mer à boire. Ni même la rivière Hudson. En essayant d’ignorer le filet d’eau glacée qui s’infiltre lentement dans mes chaussettes (finalement un des sacs est percé et la botte qui est dedans aussi), je tente de localiser la soupape d’aspiration d’eau de mer qu’un ingénieur, bien au chaud dans son… (etc).

Ça y est, je la vois, dans la section voisine, à l’endroit où le fond du navire remonte en pente. Je dois encore ramper quelques mètres vers bâbord. Ici, il y a moins d’eau mais une épaisseur de boue s’est installée, dans laquelle les sacs de plastique de mes bottes restent collés.

Pourquoi est-ce que je pense au camp d'été du Collège, justement en ce moment? Je me sens comme en «excursion», ces épiques aventures d’antan, où nous nous mettions dans le trouble tête baissée, avec un enthousiasme fébrile (dans l’espoir d’être nommé «campeur du jour»). Et plus nous mangions de la misère, plus nous étions fiers… Regroupement de sado-masochistes, ces moniteurs avec leurs campeurs? Épreuves rituelles, misère gratuite, souffrances inutiles? Mais, au milieu de tout ça, nous avions du FUN! On nous avait si bien conditionnés à en avoir que nous en avions.

Et c’est sans doute pour ça que, au fond du réservoir, une certaine part de moi-même est ravie de s’être enlisée dans la vase, de devoir ramper d’une varangue à l’autre, d’avoir l’arrière-train mouillé à force de s’asseoir sur les structures froides et couvertes de boue. J’ai du FUN!!! Et je comprends, en un éclair de lucidité, comment les camps de vacances sont une préparation à la Vie, une formation essentielle pour affronter notre Destinée, sourire aux lèvres, en chantant. Comme Michel Sardou…

Je me sens comme dans un camp de vacances, et en plus je suis payée!!! Décidément la vie est bien faite! Mais comme toute bonne chose a une fin, pendant que je cogitais sur le romanesque de notre expédition, mon fitter, moins bien payé que moi, est descendu à son tour et s’est activé le derrière (lire «s'est grouillé le cul») pour procéder à la réparation.

Il faut bien que nous remontions, n’ayant plus rien à faire ici. En plus, c’est déjà l’heure du café du matin.

Il fait vraiment très beau aujourd’hui! Pendant mes vacances, j’aurais tué pour une journée comme celle-là! On prend le pilote vers 15h, on arrive au quai vers 21h. Je dois rester dans la salle des machines tout le temps des manœuvres. En attendant (après avoir fait mon rapport en trois exemplaires), je consacre mon début d'après midi à ne rien faire.

Ah, si je ne suis pas élue «campeuse du jour» après ça!

lundi, janvier 15, 2007

La saga de l'ordinateur

Tout a commencé un 4 avril, à Norfolk. Nous devions nous mettre sur le courant de terre. Planification soignée de la procédure de « shut-down », y compris la fermeture des ordinateurs de bord, surtout celui de la « computer room », qui est le dépositaire du Juno, notre programme de communication par courriel.

Tout se passe comme prévu : les valves d’eau de mer coulent, la chaudière a des fuites, les tuyaux cédent les uns après les autres, rien que de la routine, quoi. Assez tout de même pour occuper la majeure partie de mon temps.

Dès que j’ai eu quelques minutes, j’ai reparti l’ordinateur du Juno (le logiciel qui nous permet de recevoir du courriel!), espérant glaner quelques informations du monde extérieur en général et de mon corresponel en particulier. À peine étais-je connectée, que de la fumée sort par le boîtier de l’ordino!!!

Ciel! Moi qui ai horreur de la fumée, en plus (non, je ne fume pas)! Je ferme l’ordi en catastrophe!

Plus le temps de m’en occuper, je dois déjà retourner à la soupape d’arrêt de vapeur de la génératrice, qui réclame mes soins. J’avertis le chef maître, qui semble s’y connaître en ordi, et qui n’a rien d’autre à faire que de se pogner le cul pendant nos travaux (maudits gars de pont!).

Mais, il semble que cette activité le réclamait à plein temps puisque nous avons fini par quitter Norfolk au bout de 5 jours et il n’avait toujours pas touché à l’ordi.

Enfin en mer, je pris le taureau par les cornes, et l’ordi par les boulons! Je découvris un vieil ordinateur dans une armoire, et, après enquête auprès de Burak*, il s’est avéré qu’il s’agissait de l’ancien ordinateur du Gyspun King, qui avait été changé pour un plus puissant, les chanceux. Bon. Le petit ventilateur à l'arrière ne fonctionne pas? Qu’à cela ne tienne! Je pirate celui du King, que je me mets en devoir d’installer dans la boîte en fer-blanc qu’il y a en haut dans le coin arrière. Oui, car je ne sais pas trop à quoi ça sert, je n’y connais rien, je l’avoue.

Je commence par déconnecter soigneusement cette boîte. J’identifie toutes les connections avec des bouts de masking tape : « milieu », « en haut » « connection lousse » etc… Merde, c’est qu’il y en a!!! Pour plus de sûreté, je note sur un bout de papier les couleurs des fils. Le couvercle de la boîte est retenu par quatre petites vis, et porte la mention suivante : « Achtougne! N’ouvrez jamais cette boîte car de toutes façons vous ne pourrez rien réparer, espèce de débile! » (Ou quelques chose du genre).

D’accord. Je vais juste remplacer la boîte au complet par celle du King, complète avec le ventilo. Je reconnecte. Meeerde! Ça marche pô.

Quatre vis n’ont jamais été à mon épreuve. Rien ne me résiste. J’ouvre. Je remplace le ventilo d’une main de maître (ou de mécano plutôt) et je reconnecte le tout, avec la boîte originale. Meeerde! Ça marche pô.

La boîte elle-même serait-elle défectueuse? Je la replace sur l’ordino du King et je teste. Oui, ça marche. Donc la boîte n’y est pour rien. Je suis donc en possession de la boîte du Baron munie du ventilo du King. Que faire? J’ai bien un ordinateur en état, mais c’est celui du King, moi je veux mon Juno et mon amoureux qui m'envoie des courriels.

Entretemps, le chef maître sort de son quart et se décide enfin à me donner un coup de pouce. Il me suggère d’échanger les disques dur. Oui, d’accord, mais c’est où le disque dur??? J’apprends qu’il s’agit d’une petite boîte que j’avais identifiée comme « milieu ». Heureusement, toutes mes identifications étaient en français, j’avais l’air moins nouille, ça pouvait passer pour des termes techniques hautement complexes. Nous échangeons les disques dur. Satisfait et épuisé de son effort, le chef maître me laisse démarrer l’ordi en me recommandant de suivre les instructions à l’écran, po prostu (ce qui signifie «tout simplement» en polonais), et il sort fumer une cigarette (je ne supporte pas la fumée, je l'ai déjà dit?).

Il n’a même pas le temps de l’allumer (sa cigarette) que je l’appelle déjà à mon secours. L’ordinateur ne reconnaît pas le disque dur. Le chef-maître s’assoit, programme, et nous retrouvons notre Juno!!!

Victoire! Hourra!

J’attends Hantsport impatiemment pour pouvoir me connecter.

Hantsport :

Enfer et blood and guts! L’ordinateur ne reconnaît pas le modem et refuse obstinément de se connecter! Impossible d’appeler le chef maître : il est sur le quai à veiller au chargement. Je me ronge les ongles (au figuré parce qu’ils sont pleins de cambouis et un peu dégoutants…) jusqu’au départ de Hantsport.

Nous avons maintenant jusqu’à Stony Point (3 jours) pour faire des miracles. Nous trouvons un modem externe flambant neuf dans un rangement. Cet idiot de chef maître demande à Burak la permission de l’installer. Burak refuse. Bien sûr. Je fais savoir au chef maître qu'il a été maladroit dans ce coup : « T’AURAIS PAS PU TE FARMER LA YEULE PIS L’INSTALLER SANS RIEN DIRE, IDIOT? DEPUIS QUAND ON DEMANDE QUELQUE CHOSE À BURAK? »

Heureusement, l’ordinateur de Burak tombe en panne. Connaissant ma grande expertise dans le domaine, il m’appelle à son secours. J’arrive avec mon voltmètre, je teste quelques connections au hasard. Pendant ce temps, je manœuvre habilement pour obtenir de Burak la permission, qu’il m’accorde, éperdu de reconnaissance. Je finis par déclarer son ordinateur officiellement kaput.

Je me précipite sur la boîte du modem et je tente de l’installer. Ô déception cruelle, il n’y a pas de port série pour le ploguer!!! Je passe sur les jurons échappés à ce moment. Je retourne voir le chef maître. Il ne voit qu’une solution : la greffe de modem. Nous retournons dans la carcasse de notre ancien ordinateur et nous en extirpons le modem, qui s’avère être une carte, en bas, en arrière. Oh.

Nous procédons donc à la délicate opération avec une dextérité à faire rougir un vétérinaire. La transplantation semble avoir réussi, il n’y a pas de rejet de la part du patient qui démarre servilement. Son disque dur reconnait une âme sœur en ce nouveau modem, et pour cause, ils étaient siamois dans une autre vie. Ou plutôt dans une autre carcasse. Nous profitons de l’occasion pour rapieuter la mémoire libre (des petits blocs noirs) de l’ordinateur original du Gypsum Baron et les installer dans notre nouvel hybride, pour en améliorer la performance. Si nous résumons : nous avons le disque dur du Baron dans la carcasse du King, la boîte de démarrage du Baron munie du ventilo du King, et le modem du Baron pour ajouter la touche finale qu’il manquait à mon bonheur. Avec extra mémoire, pépéroni et olives noires.

Je suis heureuse.

Coup de théâtre! Burak, épaté par notre succès, s’est mis en tête de pirater les éléments de notre chef-d’œuvre pour faire fonctionner le sien. PAS QUESTION! Il n’a pas le choix, il n’y connaît rien (encore moins que moi) et sans nous il ne peut rien faire. Il fait donc venir un technicien de Stony Point, et pour 250$ US, son ordinateur fonctionne à nouveau.

Tout irait donc pour le mieux dans les meilleurs des bateaux si une autre catastrophe épouvantable ne m’était tombée dessus : LA CAFETIÈRE NE FONCTIONNE PLUS!!!

Là, j’ai atteins mon seuil d’incompétence, je l’avoue. Vu que je suis la seule à boire du café, je me bricole un porte filtre avec un baton de chiche kebab et bingo, je retrouve mon café, meilleur qu’avant!

Rien ne vient plus assombrir mes matinées, j’écris mon courriel et je bois mon café…


* Burak : signifie «betterave» en polonais. C'est le surnom donnée à notre capitaine. Attention, tous les capitaines ne sont pas des Buraks, mais sur trois capitaines de notre compagnie, nous avions deux Buraks...


mardi, mai 30, 2006

Petit coup de roulis... (novembre 2001)

Cette chronique est dédiée aux secrétaires, ex-secrétaires, et aux gens de clavier (c’est le terme générique que j’ai trouvé, copié sur «gens de mer», pour remplacer «utilisateurs-trices de clavier» et l’office de la langue française serait fière de moi si mon ordinateur anglais me permettait de parcourir mon texte avec le dictionnaire français, symbole du bon parler et du bon écrire (sic) et la parenthèse commence à s’étirer en longueur, si je continue vous allez perdre le fil!!!)

Dur dur d’être un marin, ce matin (il est 05:30h!) ça roule... Toute la nuit, ça a brassé un peu, mais surtout, il faisait CHAUD!!! Mon hublot était ouvert et malgré ça je crevais, moi qui suis si frileuse... Pourtant on n’est qu’à 24 heures de Hantsport, donc dans le nord!

Et là je suis à l’ordinateur commun, dans la salle commune. Ça brasse et c’est terrible parce que je suis sur une chaise de bureau, vous savez, les belles chaises ergonomiques qui s’ajustent en hauteur avec dossier pivotant et... ROULETTES!!! Bin oui. Alors imaginez, malgré les 5 pattes de la chaise, je dois mettre les 2 miennes (de pattes) bien écartées pour garder mon équilibre et éviter de me trouver d’un côté ou l’autre du clavier!!! Je mets mon café sur le tapis de la souris (qui est anti-dérapant) sinon lui aussi va se retrouver à l’autre bout de la table, si ce n’est par terre.

Soit dit en passant, il s’agit du café d’hier réchauffé au micro-ondes puisque, à cette heure matinale, le messman Alex n’est pas encore venu le préparer. J’avais besoin d’un remontant immédiat pour chasser un petit mal de tête naissant. Le mouvement du bateau, un roulis inoffensif, a, toute la nuit, fait monter le sang à ma tête pour le retirer implacablement toutes les 30 secondes. Je ne sais pas qui est le génial concepteur qui a installé mon lit dans l’axe bâbord-tribord du navire!!!

Pour voir l’effet «calmant» de ce mouvement, essayez de bercer un bébé dans le sens «tête-queue» Ça va-tu braîller rien qu’un peu!!!

Alex-le-messman est enfin arrivé et ça commence à sentir le café qui a du bon sens ou du bon sang, c’est selon. Mais naturellement, si je quitte ma chaise, il va falloir que je l’attache pour la retrouver au même endroit à mon retour...

Bon, au moins, par chance j’ai terminé hier mon travail sur le gaillard avant. Non, le gaillard avant n’est pas le voisin d’en face, mais la partie avant du navire, exposée aux éléments et plutôt inhospitalière par gros temps. J’ai rendu le maître d’équipage heureux en réparant le bras d’engagement du guindeau. J’ai aussi terminé sur le pont arrière et j’ai rendu le tunnelman heureux en ajustant le frein sur son treuil d’amarrage. Deux heureux dans ma journée, bon bilan.

Et puis zut pour la chaise, je vais renouveler mon café, je me meurs. Brave Alex, autant en profiter…

Je reviens avec ma tasse bien remplie à la main pour constater que si j’ai bien attaché ma chaise, qui est toujours au même endroit, j’ai retrouvé par terre le coussin du bras ergonomique de la dite chaise d’ordinateur, vétuste bien que hi-tech...

J’ai oublié ma disquette dans ma cabine. Si je coince ma tasse de café entre le disque dur et l’écran, eux-même boulonnés au bureau par des retenues en acier inoxydable, je devrais y arriver sans encombres... Je vais ré-attacher la chaise, avec mes 2 mains cette fois-ci...

Voilà j’y suis, et j’espère que la lecture édifiante de mes épreuves vous fera apprécier comment il est facile de travailler dans un bureau à terre!!! Bonnes gensses, clavier et souris à la main, appréciez votre sort!!!

mardi, avril 25, 2006

Le langage des mains


La salle des machines étant un endroit vaste et bruyant, on peut se voir, même de loin, mais pas s’entendre, même de proche. Nous avons donc développé un langage gestuel assez élaboré. Mais attention! Puisque je travaillais avec des Philippins, j’ai appris assez vite que ce langage devait tenir compte de la culture philippine.

Par exemple, il est extrêmement grossier, pour un Philippin, de siffler pour attirer l’attention de quelqu’un. On ne siffle que les chiens. Il faut donc se retenir de porter ses doigts à la bouche pour lancer un de ces sifflets aigus qui à coup sûr, font tourner toutes les têtes vers soi. Les Philippins remplacent cette technique par celle, moins efficace, du «WOUH!». On crie «WOUH!» à plusieurs reprises, avec les mains en porte-voix, pour se convaincre que ça va marcher, jusqu’à ce que quelqu’un se retourne enfin

D’ailleurs, en ce qui concerne le sifflage, pour une femme, c’est totalement interdit, même pour siffloter un air. Vu que je chante très mal, c’est mon seul moyen d’expression artistique lorsque je suis de bonne humeur. Je ne vais pas me retenir là-dessus!!!

Selon leur coutume, ils ne doivent pas laisser une femme forcer, ou travailler dur, ou même manipuler un outil ou un objet lourd (mis à part l'aspirateur, les casseroles, et les bébés). Ils sont un peuple très galant, mais en même temps respectueux de l’autorité. C’est sur ce point que je mise quand je veux travailler en paix avec mes petites menottes féminines. Je leur donne de l’ouvrage loin de moi. Quand ils sont occupés ailleurs, je fais ce que je veux. Même me donner un coup de marteau sur les doigts.

Gare à moi si je laisse l’un d’eux apercevoir une goutte de sang ou une plaie quelconque! Le témoin accourt avec la trousse de premiers soins, le visage blême, anxieux, la gorge serrée, avec un sentiment de culpabilité de n’avoir pas su mieux me protéger!

Siffler un air malgré leur interdit est un des moyens de leur faire comprendre qu’ici, je ne suis pas une «femme», je suis leur second mécano, et par conséquent, leur «boss»! Comme démonstration d'autorité, j'avoue que siffler l'air du gendarme à Saint-Tropez c'est un peu particulier, mais ça marche. Ils n'osent rien dire, preuve qu'ils sont prêts pour prendre les ordres de la journée.

Autre point délicat, le signe de la main qui signifie «suis-moi» ou «viens t’en». Nous, occidentaux, tournons la paume vers le haut puis agitons les doigts vers nous, vers le haut. Encore là, ce signe est réservé aux chiens chez les Philippins. Eux tournent la paume vers le bas et agitent les doigts vers eux mais vers le bas, ce qui, chez nous, signifie plutôt «vas-t’en», «décolle», ou «décrisse», selon l’humeur de l’auteur. Il faut s’adapter.

Et encore, le signe de tête affirmatif : alors que nous agitons la tête un minimum de deux fois de haut en bas, ils envoient la tête une seule fois vers le haut et ça leur suffit. Chez nous, ce signe signifie plutôt : «Einh?, Quoi? Quossé que tu veux, toé???». Et possède une connotation légèrement impertinente. J’ai appris la différence la fois où je m’étais fâchée contre un de mes petits gars à qui j’avais demandé s’il avait terminé un travail que je lui avais donné. Après quelques coups de tête qui se voulaient affirmatifs, je commençais à penser qu’il se moquait de moi et qu’il m’envoyait paître. J’ai dû faire amende honorable et accepter d’interpréter désormais ce signe pour un oui.

Un poing fermé (attention, il ne faut pas agiter ce poing, et le présenter sur le côté, le pouce vers le haut!) signifie qu’une soupape est fermée. Les cinq doigts rassemblés vers le ciel en s’ouvrant et se refermant alternativement signifient qu’elle est ouverte. Les deux poings fermés avec les avant-bras qui se croisent devant la figure signifient, de façon plus générale, qu’un appareil, une soupape ou un disjoncteur est fermé.

Ici, quand nous avons les mains pleines et que nous cherchons à désigner quelque chose, nous utilisons le menton. Le maxillaire inférieur s’avance vers l’avant dans sa direction générale, en étirant le cou et en roulant les yeux avec les sourcils relevés. Le Philippin n’agite pas autant de muscles. Il se contente d’avancer les lèvres, avec le visage autrement impassible. Ce qui ne manque pas de donner la curieuse impression qu’il lance un baiser à l’objet convoité.

On finit par s'adapter à ces coutumes philippino-salle-de-machinesques. C'est ce qui fait le charme du métier!

dimanche, mars 26, 2006

Aventures dans le réservoir de ballast #5 wing starboard

Nous écumions les mers de l’est américain quand le verdict est tombé ! Nous devions aller inspecter l’intérieur du réservoir de ballast #5 wing starboard (c'est le réservoir de lest latéral, situé à tribord, en arrière du navire, mais juste en avant de la salle des machines)! Une fuite d’eau suspecte, inondant presque le tunnel de déchargement, nous avait mis subtilement la puce à l’oreille…

En tant que second mécano, il m’incombe de prendre la décision : vu que ça ne me tente pas trop d’installer le moteur électrique sur la pompe d’eau condensée, j’ai pensé qu’une ballade dans le réservoir serait plaisante. D’autant plus que le vent de force 8 qui sévit n’était pas propice à travailler à la proue du navire sur le treuil d’amarrage. Ces deux jobs étant procrastinées une fois de plus, je m'attelle à la visite du réservoir.

Première étape : remplir le formulaire OPS 11 qui donne le droit bureaucratique d’entrer dans un espace clos. Sceau de la compagnie, signature du capitaine, cochez-oui-cochez-non, et le tour est joué. Suivra l’OPS 11A qui permettra d’effectuer des travaux à chaud dans le dit réservoir. Le cas échéant.

Mes petits gars (♫♪ ého, ého nous allons au boulot! ♫♪), armés jusqu’aux dents de clés 1 1/16" pour ouvrir le trou d’homme, d’extensions électriques et de bottes de caoutchouc (pas la paire qui est percée SVP!) partent en éclaireurs pour ouvrir la voie.

Il ne me reste plus qu’à arriver en apothéose, avec mon analyseur d’oxygène, déclarer que l’air est respirable.

Nous entrons…

L’air est glauque, humide, les parois sont visqueuses. Un homme se tient à l’extérieur, selon la recommandation 6a, alinéa 3 de l’article sur la sécurité du code STCW 95. La lumière projette des ombres blafardes sur la tuyauterie rouillée.

Mon bras droit monte sur les raidisseurs longitudinaux pendant que mon bras gauche tient la lumière. J’ai l’air entreprenante, comme ça, à raconter ça mais quand je dis mon bras droit, c’est de mon fitter que je parle. Moi, j’ai un peu le vertige, je vais donc attendre l’échelle pour monter de façon plus conventionnelle.

Mais l’échelle ne rentre pas par cette ouverture, trop encombrée. Nous nous dirigeons vers le second trou d’homme, à l’avant du réservoir, frayant notre chemin au travers les raidisseurs transversaux, les varangues et autres obstructions. L’extension de la lumière n’est pas assez longue, nous la laissons derrière nous. La lueur provenant du trou d’homme avant nous guide.

Mon fitter sort quelques minutes, me laissant seule, accroupie sur la grille qui surplombe les tuyaux. Le silence s’installe, pesant. Je me déplace légèrement de façon à ne plus voir l’ombre du huileur de garde devant l’ouverture. Enfin réellement seule! Je laisse monter en moi une douce angoisse. Le navire roule lentement. Le clapotis des quelques centimètres d’eau laissés dans le réservoir résonne à mes oreilles. J’entends même la mer, juste de l’autre côté de la paroi, qui défile avec un chuintement continu.

Je sifflote un air pour faire semblant de dissiper mon inquiétude simulée. J’adore dramatiser. Au bout de quelques mesures, je me rends compte qu’il s’agit du «Yellow submarine». Mauvaise idée. Je me rabats donc sur la chanson que nous chantions tous les matins au camp l’Assomption pour se donner le courage d’affronter une autre journée de joyeux masochisme. C’est plus approprié. «♫♪ Le matin, tout resplendit, tout chaaaaante, le soleil rit, le ciel flamboie…♫♪»

Je regarde l’indicateur d’oxygène qui indique toujours 20,9%, aucune quantité de gaz inflammables. Je souffle dans la prise d’échantillon : 19,5%, l’alarme sonne. Je me demande vaguement ce qui se passerait si on pétait dans la prise…

Je n’ai pas le temps de considérer plus longtemps, le fitter est de retour. Je ne reste jamais seule bien longtemps, les petits Philippins sont très protecteurs de leur seconde ingénieure…

Finalement, bien sûr, la seule échelle qui réussit à entrer par le trou d’homme étant trop courte, il a bien fallu que je me hisse là-haut d’une façon ou d’une autre… Tant pis pour mon vertige.

Résultat de mon inspection : la réparation à faire est adjacente au réservoir de mazout de la salle des machines, juste à l’endroit le plus explosif, entre le niveau de liquide et le dessus du réservoir. Il est impossible de souder. Il nous faut conférer avec le bureau des Bermudes avant de procéder à une réparation temporaire.

Je sors de là, il faut que j’aille faire mon rapport. En 3 exemplaires…

dimanche, février 19, 2006

Ne touchez pas à ma marée...

Ou… « The fight for the tide! »

Gypsum Baron, 23 mars 2002…

En route pour Hantsport. Selon notre horaire, nous y serons pour la marée de la nuit suivante, le long du quai pour 04h30, soit trois heures avant la marée haute. Nous nous préparons en conséquence, surtout que le lendemain est un dimanche, journée internationale du pognage de cul. Ce qui ne signifie pas «orgie débridée» mais bien «ne rien foutre» Précisons pour les mauvais esprits. Pour bien planifier un pognage de cul, il faut doser soigneusement la quantité de travail et le temps passé dans son boiler suit et ses bottes de sécurité.

Je procède donc à la routine du dimanche dès le samedi après-midi de façon à libérer mes gars pour le dimanche après-midi puisqu’ils devront commencer leur journée des 03h30. Tout se déroule comme prévu quand… Coup de tonnerre! Le Gypsum King se pointe à l’horizon et se réclame de notre marée de nuit! (Quel idiot peut bien vouloir insister pour attraper la marée de nuit, voulez-vous bien me le dire?) C’est le délire pendant quelques instants.

Ouaiiiiis! Nous allons pouvoir dormir dimanche matin, puis aller faire quelques emplettes (limitées, puisque le dimanche, une heure plus tard dans les Maritimes (donc à 17h40, puisque la marée avance aussi de 20minutes) les magasins encore ouverts à Hantsport (1200 habitants) sont limités aussi) (vous me suivez au travers des parenthèses???).

Remarquez que j’ai mis un point à ma dernière phrase parce que j’étais un peu perdue moi-même, ayant de plus subi quelques interruptions répétées de la part du chef qui trouve toujours quelque chose à me dire quand il passe devant ma cabine…

BREF… Nous supputâmes un peu sur les joies du magasinage dominical tardif lorsque tout s’arrêta! Notre capitaine, affectueusement surnommé «Burak», qui signifie «betterave» en polonais, prit la chose comme une insulte personnelle!

Il se saisit du téléphone, et s’engage alors dans une lutte à finir. «Non mais, quoi, c’est vrai, à toutes les fois que le King et le Baron sont nez à nez, c’est toujours le King qui passe en premier! C’est vraiment trop injuste!!! Je veux ma marée, je veux ma marée!»

Bon joueur, le capitaine du King le laisse passer même s’il attend pour débarquer à Hantsport pour prendre ses vacances. C’est pour ça qu’il voulait bien prendre la marée de nuit : la perspective de vacances l’y poussait… Ceci étant décidé, je renvoie mes gars se coucher de bonne heure (bonne nuit les petits). J’en fais de même, le chef, quant à lui, est déjà au lit.

Ce n’est que ce matin, en me réveillant vers 04h15, que j’ai des doutes. Je regarde par la fenêtre, alors qu’on devrait déjà voir le quai se profiler au loin, c’est le noir total, et nous semblons arrêtés. Je sors aux nouvelles. Je veux dire «je sors de ma cabine» Pas besoin de sortir dehors, notre univers ne s’étend pas aussi loin… Je croise le chef, qui,normalement, devrait encore être aux manoeuvres tant que nous n’avons pas accosté. Coup de théâtre, nous sommes à l’ancre. Trop de vent pour prendre la marée. Et pour nous, et pour le King. Nous sommes à l’ancre côte à côte, j’ai une pensée émue pour mon fitter aux yeux de velours qui est resté là-bas, puis je me recouche pour une autre heure de sommeil.

À 05h30, je me relève et prends mon café. Ma tranquilité matinale est ce pendant troublée par le chef qui, victime d’insomnie, ne s’est pas recouché, qui fume comme une cheminée dans la cabine voisine, et qui me dérange chaque fois qu’il passe pour me parler de boulot. En connaissez-vous beaucoup de boulots où votre boss vient vous achaler avec les points à l’ordre du jour du prochain «management meeting», UN DIMANCHE MATIN, À 05H30???

Je pèse le pour et le contre de notre nouvelle situation : le King a encore une chance de passer avant nous, ce qui me permettrait de recevoir les tuyaux qui nous manquent pour procéder à la réparation de la ligne de ballast (diamètre de 15 cm), puisque le King doit le laisser sur le quai pour nous. Par contre, si cela est, nous serons encore sur la marée de nuit, quoiqu’elle aura avancé de deux fois 20 minutes entretemps. Ce qui nous fait 05h10 au quai, donc 06h10 heure locale, encore trop tôt pour magasiner. Le départ sera à 08h10, pas fort non plus… On moins, on ne se les gèlera pas trop, le soleil sera levé. De plus, moi qui me faisait une joie de recevoir mon courriel, je devrai attendre encore 12 ou même 24 heures…

Le capitaine, victime aussi d’insomnie, se promène de long en large sur le pont arrière, muni de son bonnet à oreilles. Je n’irai certes pas engager conversation. J’entends toutefois la rumeur à l’effet que, ayant gagné son point une fois, il serait prêt à céder la prochaine marée au King. En fait, la raison primordiale est qu’il ne veut pas arriver de nuit à Stony Point, aussi affligé d’une marée incontournable.

L’arrivée de jour à Stony Point permet aussi le départ de jour, et puisque nous devons prendre du fuel à New-York à notre retour, il semble que ça aurait l’avantage de nous mener en plein milieu de l’après-midi. Prendre du fuel de nuit est un cauchemar que je ne souhaite pas à mon pire ennemi!

Nous en sommes là, dans l’expectative. La communication téléphonique va bon train entre notre chef maître et celui du King, dans un polonais émaillé de «kurwa!» et autres jurons typiques à l’endroit de leurs buraks respectifs (Burak est devenu, par extension, le nom générique des capitaines).

Rien n’est encore décidé, encore faut-il que le vent cesse, puis la bataille reprendra. Le temps est suspendu, c’est dimanche, pognons-nous le cul!

10h
Les prévisions annoncent un vent de plus en plus fort dans l’après-midi… Ni le King (sagement à l’ancre à nos côtés) ni le Baron ne rentreront cet après-midi.

12h
Le King chargera pour Baltimore (le port maudit où il n’y a pas de téléphone) et nous pour Stony Point. Il a été décidé que malgré l’égo de notre Burak, malgré les vacances prochaines de leur Burak, malgré l’arrivée éventuelle de nuit à Stony Point, notre cargo était plus pressant que le cargo du King. Donc, nous passerons en premier. Ne reste plus qu’à attendre que le vent se calme. Je m’endors… Je crois que je vais faire un petit dodo du dimanche.

13h
Rien n’est encore sûr, il faut attendre 14h, que Burak consulte le Spanish Mist, le remorqueur de Hantsport, pour savoir si le vent permet l’accostage.

14h
Il est définitivement hors de question que l’on accoste cet après-midi. Je retourne faire dodo.

15h
J’avais préparé mon café, avec ma tasse pré-crèmée sur le comptoir, et cet idiot de messman, la tornade blanche, l’a nettoyée et rangée! Grrrrr…

16h
Burak fait de nouveau les 100 pas sur le pont arrière. Le King est toujours au même endroit.

17h
Allons souper. Encore du steak! Comme tous les dimanches!

18h
Je regarde la TV.

20h
Je vais aller faire dodo.

21h
Zzzzzz.

02h45
DRRRRING! Mon téléphone sonne... « Second! We are testing the gears and there is problem with port side steering gear! » (Second! (c'est moi, ça) Nous testons l'équipement de manoeuvre et nous avons un problème avec l'appareil à gouverner de bâbord!)

03h05
Problème réglé.

03h10
Zzzzzz.

05h
Le quai est en vue, on rentre! CAAAAAAAFÉ!

Nous avons passé avant le King! Nous sommes les meilleurs! Burak jubile et nous grognons...

dimanche, janvier 15, 2006

Les dauphins

En tant qu'amateurs de mammifères marins, nous étions souvent gâtés par le spectacle qui s'offrait à nous. Des dauphins venaient, sous certaines conditions, s'amuser juste sous notre nez.

Ils aimaient particulièrement s'amuser lorsque la bulbe du navire affleurait la surface de l'eau (c'est le gros truc rouge qu'on voit dépasser sur certaines photos).



Ce qui implique que le navire soit à lège, donc le voyage de retour non chargé vers Hantsport. Il fallait être bien sûr à proximité des populations, donc un peu dans le sud, du moins en dessous de NY.

Quand nous avions la visite de dauphins, nous nous arrangions pour trouver du travail en avant, et de temps en temps, nous nous arrêtions pour aller nous coller contre la rambarde pour les regarder...



Ils restaient quelquefois une heure ou deux, suivant le navire à plus de 13 noeuds (un noeud=un mille marin par heure, et un mille marin égale 1,825 m). Ils rivalisaient de vitesse, sautaient au-dessus du bulbe et semblaient bien s'amuser...















Les photos c'est joli, mais en vidéo, on a encore plus l'impression d'y être! Et toutes ces bêtes sont des bêtes sauvages, pas des animaux de cirque! Tous ces vidéos ont été pris le 24 septembre 2003.


Dauphin
Envoyé à l'origine par coyotedesneiges
(Si vous ne pouvez visualiser ces vidéos, tentez le lien direct http://www.dailymotion.com/coyotedesneiges/dauphins ou bien tentez sur un autre ordi...)


En voici encore, la journée du 24 sept 2003 était une journée faste!


Dauphins du 24 sept 03
Vidéo envoyé par coyotedesneiges


Et encore...


Dauphins du 24 sept 03, encore
Vidéo envoyé par coyotedesneiges


Et enfin encore un dernier!


Dauphins du 24 sept 03, 3e
Vidéo envoyé par coyotedesneiges

mardi, janvier 10, 2006

La glace!!!

La glace nous forçait parfois à rester plusieurs jours à l'ancre pour attendre que le quai soit accessible. Parfois nous tentions non pas une sortie, mais une rentrée, souvent en vain, et nous revenions nous installer à notre point d'ancrage... Nos provisions baissaient graduellement, les frigos se vidaient...



Le moral aussi baissait. Aux heures propices des marées, deux fois par jour, nous devions tenter de rentrer s'il y avait la moindre chance. Naturellement, au bout de deux heures d'efforts, après que toutes nos succions d'eau de mer soient complètement bouchées par les morceaux de glace (entraînant son lot de problèmes), nous devions nous rendre à l'évidence et rebrousser chemin. Nous retournions alors nous ancrer dans la baie, là où il y avait de l'eau à peu près libre de glaçons... Jusqu'à la prochaine marée, 12 heures plus tard!

Cette fois-là, en mars, quand nous sommes enfin repartis pour de bon de Hantsport, après avoir été pris pendant 12 jours dans la glace... nous étions heureux!

Nous avions enfin pu charger, puis nous étions partis dans les vagues glacées...

3 mars 02, départ chargé de Hantsport
Envoyé à l'origine par coyotedesneiges
L'accumulation graduelle de spray sur le pont fait que au bout de quelques jours le pont sera couvert d'une épaisse couche de glace,

... qui ne cèdera que sous les coups de hache de l'équipage. Même quand la température passera au-dessus de zéro quand nous serons un peu plus dans le sud, la fonte ne sera pas assez rapide pour tout fondre. Nous devions pouvoir ouvrir les écoutilles pour le déchargement...



La saison d'hiver n'était pas de tout repos! De janvier à fin avril, nous ne pouvions jamais prévoir d'une fois à l'autre si notre port de chargement serait libre de glace ou pas, si nous allions pouvoir rentrer, et combien de temps nous allions rester pris!!! Ce qui signifiait des manoeuvres épuisantes souvent au beau milieu de la nuit, et souvent en vain.

Regardez la complainte du marin pogné dans la glace!!! (Note : c'est pas moi qui chante!)

Amenez-moi
Envoyé à l'origine par coyotedesneiges

lundi, janvier 09, 2006

Les vagues de Noel 2002

Aaaah, les vagues de ce Noel 2002!!!

Le plat de crevettes était tombé à terre.


Mais on a réussi à les récupérer!!!


...nous devions tenir nos assiettes et nos verres, tout foutait le camp, il a fallu trouver LE truc pour les faire tenir en place...


Le truc pour ne pas que les plats ne glissent par terre : mouiller la nappe sous les plats, ce qui en augmente l'adhérence.


Le chef cook avait fait des merveilles et le capitaine, sous prétexte de vérifier la qualité, tripotait tout...


Nous avions eu un échange de cadeau...


Et pendant tout ce temps, dehors, la tempête rageait!!! (Cliquez pour faire jouer la vidéo!)

Vagues de noel 2002
Envoyé à l'origine par coyotedesneiges

dimanche, janvier 08, 2006

Canard à vapeur 03-95 (18 oct 04)

Nouvelles du 18 octobre 2004

Météo : Il pleut.

Destination : Mon village!

Nouvelles locales : Mes chats vont tous bien, mes chiens aussi, les feuilles sont pas mal toutes tombées, le gazon est très long dans ma cour, mais pas encore de neige.

Activités : Faire mon marché en passant. Arriver chez moi. Rentrer le marché et les bagages. Allumer mon poêle à bois. Défaire mes bagages.

Voilà qui termine nos informations. Je ne sais plus ce qui se passe au niveau international, je suis enterrée dans mon village.

Merci à tous, notre fidèle lectorat (remarquez l’habileté avec laquelle je manie la neutralisation des genres!)

Votre rédactrice en cheffe, (ya des limites à neutraliser les genres)

Pompeusement vôtre, Coyote des Neiges.

Restez tout de même à l'écoute pour quelques histoires et vidéos qui seront publiés...

samedi, janvier 07, 2006

Canard à vapeur 03-94 (17 oct 04)

Nouvelles du 17 octobre 2004

Météo : Pluie de Montréal à Trois-Rivières, ensoleillé jusqu’à Québec, passages nuageux jusqu’à La Pocatière, pluie jusqu’à destination.

Destination : Je pars ce matin pour le Bic, dernière étape avant le «chez-moi».

Nouvelles locales : Le fuel était à 90,4¢ le litre, au même endroit où hier il était à 97,4! J’ai bien fait de ne pas fueler hier!

J’ai rêvé que j’étais en train de corriger des cahiers de stages des étudiants de l’Institut maritime, puis je me suis rappelée que là aussi, j’avais donné ma démission donc qu’est-ce que je foutais là, bon dieu de m…!!! (C’est ce qu’on appelle un cauchemar pédagogique!)

Activités : Fueler. Conduire mon char. Visiter toutes les pauses pipi de l’autoroute 40, puis toutes celles de l’autoroute 20.

Nouvelles internationales :

Euh.

Nouvelle triviale : Euh?

vendredi, janvier 06, 2006

Canard à vapeur 03-93 (16 oct 04)

Nouvelles du 16 octobre 2004

Je suis débarquée hier matin...

Météo : Hier soir il pleuvait un peu, il y avait de la brume aussi. Ce matin, même chose.

Destination : Depuis hier : destinations : Halifax, Dorval, Piémont (pour prendre mon char), Ste Lucie des Laurentides (pour souper avec deux copines lectrices assidues du Canard). Ce matin, destination Repanpan, arrêt de nouveau chez un autre lecteur assidu (merci papa).

Nouvelles locales : Lectrice assidue de Ste-Lucie se plaint que je n’ai pas mentionné son anniversaire, qui est en même temps que le mien. Bon anniversaire, lectrice!

J’ai rêvé cette nuit que Gypsum me rappelait après deux jours de vacances. Et que j’y allais!!! Non mais!

Le fuel est à 97,4¢ le litre à Repanpan. Un vrai vol!!!

Activités : Me déplacer de Ste-Lucie à Repentigny. Vacher.

Nouvelles internationales :

Euh.

Nouvelle triviale : Euh?

jeudi, janvier 05, 2006

Canard à vapeur 03-92 (15 oct 04)

Nouvelles du 15 octobre 2004

Météo : ENFEEEEER! Les vents sont de 33 nœuds ce matin! On ne pourra pas rentrer à Hantsport et je rate mon aviooooon! Pfff. 12,5ºC.

Destination : Hantsport, mais je ne sais pas quand. Pour l’instant, nous faisons 5,1 nœuds, course de 67º...

Nouvelles locales : Hier party de départ et aussi le party d’anniversaire. Je n’en veux pas trop à Burak, car dans le fond il a un peu raison, c’est pas nécessaire de se saouler la gueule, surtout pas une veille d’Hantsport. Si on arrive à rentrer.

06h Le vent semble forcir, je vais devoir envoyer un courriel (j’ai une permission spéciale pour envoyer hors-heure normale d’envoi via satellite, vu les circonstances) à mon papa qui devait venir me chercher à Dorval dans la grosse circulation du vendredi soir, et à mes copines des Laurentides, qui m’attendent pour le souper ce soir. Pffft.

Je ne suis plus payée depuis hier, conformément à mon contrat bizarre qui dit « 3 mois de paye, peu importe le nombre de jours travaillés » mais je ne me plains pas car le capitaine s’est trompé il m’a donné 91 jours au lieu de 90 jours. Chuuuut!

07h30 Les vents sont de plus en plus forts, en plus il pleut!

08h30 : Je me rends compte que le vent indiqué est le vent relatif, et que nous filons 15 nœuds avec vent de face, donc le vrai vent n’est que de 16 nœuds. Ciel! Faut viiiite que je termine mes bagages!!! C’est pour de vrai!!!

Activités : Quoi, «activités»? Vous voulez tout de même pas que je travaille en plus???

Nouvelles internationales :

Bagdad : 26 morts quand des «bombers» ont pénétré dans la forteresse qu’est la «zone verte» et que des avions US bombardent le nid d’insurgence à Fallujah.

Gaza City : 5 Palestiniens tués dans Gaza, alors que Israël décide de diminuer son opération massive dans le nord du territoire, suivant les critiques d’officiers supérieurs.

Washington : L’Administration Bush a annoncé un déficit record de 413 milliards $ pour l’année 2004, déclenchant une nouvelle bataille électorale sur l’économie.

Islambad : Les forces pakistanaises pourchassent un ancien prisonnier de Guantanamo Bay lié à Al-Qaida, qui aurait planifié l’enlèvement de deux ingénieurs chinois.

Washington : L’armée US enquête sur 28 soldats, concernant la mort en décembre 2002 de deux détenus en Afghanistan, sous la garde des États-Uniens.

Abuja : Les syndicats du Nigéria ont suspendu leur grève générale et donnent au Président Obasanjo deux semaines pour contrer la hausse des prix du pétrole.

Reno, Nevada : La campagne de Bush accuse Kerry d’avoir «attaqué» la fille ouvertement gaie du vice-président parce qu’il a référé à son orientation sexuelle durant le débat télévisé. (Si elle est ouvertement homosexuelle, elle ne se sentira pas «attaquée»… Il a probablement mentionné le fait pour montrer les contradictions entre les convictions anti-gaies des Républicains et la réalité de ces mêmes Républicains…)

Yaounde : Le président du Cameroun a été formellement réélu pour un 5e mandat mais ses opposants crient au scandale et ont demandé que le vote soit annulé.

Santiago : Pinochet est trop faible pour subir son procès pour l’assassinat des opposants politiques à son régime militaire, dit son docteur, qui a examiné l’ancien dictateur de 88 ans. (C’est pour ça que tous les dictateurs des pays totalitaires sont vieux : quand ils sont hors de pouvoir, ça leur permet d’être déclarés trop vieux et gagas pour subir les conséquences de leurs actes. Pratique.)

Nouvelle triviale : San Juan : La superstar du golf, Tiger Woods, et sa nouvelle épouse, en voyage de noces sur leur yatch «Privacy», ont été empêchés d’accoster au port de San Juan parce qu’ils ne rencontraient pas les exigences de sécurité anti-terroristes. (Ça veut dire que leurs hublots n’étaient pas barrés, que les évents n’avaient pas de grillage pour empêcher les grenades éventuelles d’y pénétrer, et que les sorties de secours n’étaient pas condamnées. Non, mais! À quoi il pense, ce Tiger!!!)

ON RENNNNNNNTRE! JE PAAAAARS!

mercredi, janvier 04, 2006

Canard à vapeur 03-91 (14 oct 04)

Nouvelles du 14 0ctobre 2004


Météo
: +12ºC, vent de 17 nœuds, un peu de nuages. Hier, finalement, il a fait un temps splendide, 20ºC, vent presque nul, gros soleil, idéal pour un BBQ, mais évidemment, le capitaine voulait pas.

Destination : Nous longeons la côte américaine, direction Hantsport, course de 57º, vitesse de 14,1 nœuds, un peu de roulis. Nous allons arriver trop tôt, on va probablement se mettre à l’ancre.

Nouvelles locales : Alignement spectaculaire de la pompe sur laquelle je travaillais hier! Au bout d’une heure, elle était installée ET alignée! Dieu existe!!! Allélouya!!!

Ce soir, nous fêtons mon départ, l’anniversaire de Renato le tunnelman, ainsi que la promotion de Jessie Sermonia (celui qui est arrivé comme wiper avec son brevet de 4/E) qui passe à huileur, et de Bernie, qui passe de OS à AB (matelot ordinaire à «able seaman»).

Hier, j’ai fait ma commande d’alcool au 3/O, responsable de la boutique hors-taxe, pour mon party de ce soir, puis Burak est arrivé une demi-heure plus tard, pour me dire que c’est trop, et qu’il coupait ceci, cela et encore cela. Je vais encore passer pour une cheap.

Activités : Faire mon lavage, ramasser mes boiler suits qui sèchent dans la salle des machines, emballer ma machine à café, terminer mon bagage, préparer mon party de départ et, ah, oui! travailler un peu. Pas trop.

Nouvelles internationales :

Tempe, Arizona : Bush et Kerry se battent verbalement dans leur dernier débat : Bush dit que Kerry est faible sur le terrorisme, qu’il est en faveur de taxes plus élevées et d’un système gouvernemental de soins de santé (Ciel, quelle accusation hoooorrible!) et qu’il se situe à l’extrême-gauche de la politique US. Kerry rétorque que Bush a laissé ben Laden s’échapper à cause de son obsession sur l’Irak, qu’il a abandonné la classe moyenne en faveur de coupures de taxes pour les riches et concentré ses efforts pour la sécurité des États-Unis sur le court-terme. (Bref, les arguments de Bush m’ont convaincue, je vote pour Kerry!)

Hatra, Iraq : Une preuve supplémentaire qui pourrait être utilisée contre Saddam Hussein a été découverte dans le nord de l’Irak, on a découvert une fosse commune qui pourrait contenir les corps de Kurdes.

Kabul : Après des délais dus à des accusations de fraude et des menaces de boycott, le comptage des votes des élections présidentielles a finalement commencé, 5 jours après les élections.

Beit Lahiya, Bande de Gaza : L’armée israélienne a élargi son offensive, et une écolière de 11 ans en est la dernière victime. Pendant ce temps, un officier israélien, sous enquête pour avoir tiré de façon répétée sur une autre écolière qui avait déjà été tirée, a été suspendu. (Ça lui apprendra à gaspiller des balles! Il aurait pu tirer au moins sur une écolière fraîche!)

Phnom Penh : Le prince Sihamoni du Cambodge, le fils inconnu du monarque démissionnaire, sera officiellement nommé roi, dit son demi-frère et président d’assemblée nationale, le prince Norodom Ranariddh. (Comme ça, ça reste dans le famille.)

Nouvelles triviales : Baikonur, Kazakhstan : Une fusée Soyouz TMA-5, emportant les Russes Salizhan Sharipov et Yury Shargin et l’État-Unien Leroy Chiao, ainsi que Tintin, Milou et le capitaine Haddock, est entrée en orbite 10 minutes après son décollage, et se rendra à la station spatiale internationale.

Los Angeles : Un herbaliste qui prétend que Michael Jackson ne l’a pas payé pour un traitement contre une addiction aux anti-douleurs, le poursuit pour presque un million de dollars. (Ça commence à être n’importe quoi!)

Los Angeles : Les héritiers d’une victime du régime nazi poursuivent Élizabeth Taylor parce qu’elle possède un Van Gogh qu’ils prétendent leur appartenir. (De plus en plus n’importe quoi!)

mardi, janvier 03, 2006

Canard à vapeur 03-90 (13 oct 04)

Nouvelles du 13 octobre 2004


Météo
: 13ºC, petit vent de 3 nœuds, mais nous sommes encore dans la rivière… Il paraît que dehors, c’est pas beau! (Dehors de la rivière, bien sûr, je parle d'en mer)

Destination : Vers Hantpsort! Nous avons quitté Stony Point cette nuit, sommes arrêtés en face de NY pour prendre des provisions, puis nous repartons enfin, destination Liberté!!! Je débarque à Hantsport!!!

Nouvelles locales : Nous prenons le canal du Cap Cod cet après-midi.

Activités : Je me suis sauvée des manœuvres de départ, de minuit à 06h, mais je ne couperai pas aux manœuvres de canal, de 15h à 19h.

Hier j’ai terminé les réparations et nettoyage de la fameuse pompe qui coulait, aujourd’hui, je la réintroduis dans son boîtier corrodé et vieux de 30 ans, et je tente d’aligner.

Nouvelles internationales :

Bagdad : L’Irak demande à la communauté internationale de jouer un rôle actif dans la reconstruction de la nation, alors qu’un bombardement à Bagdad tue trois soldats US. Les Forces US ont, quant à elles, frappé des positions rebelles et tué 11 personnes. (Ils sont encore à la phase «destruction», comment veulent-ils reconstruire!)

Londres : Le gouvernement britannique a formellement retiré un des arguments-clé utilisés pour envahir l’Irak, faisant face au Parlement à des demandes d’excuses sur la façon dont a été présentée la guerre en Irak.

Riyadh : Abdelmajid bin Mohammad Abdallah Al-Munie, un des trois hommes tués dans des combats avec les forces de l’Arabie Saoudite, était sur la liste des militants islamistes les plus recherchés du royaume.

Gaza City : Un chef de la sécurité palestinien lié à Arafat a échappé à une tentative d’assassinat alors qu’une voiture piégée explosait à l’extérieur de son quartier général.

Beijing : La Chine rejette de façon véhémente les offres de paix du Président Chen Shui-bian de Taïwan, l’accusant de tromper l’opinion publique et de risquer la «grande catastrophe» s’il persévérait à pousser pour l’indépendance de Taïwan. (On dirait un discours de Pierre Eliott Trudeau!)

Poiana Brasov, Roumanie : Les USA pressent leurs alliés de l’OTAN de commencer une planification militaire pour une possible reprise en main des opérations en Afghanistan dès l’an prochain. Pendant ce temps, le recomptage des votes est prêt à commencer.

NY : 54$ le baril.

Nouvelles triviales : Los Angeles : Mel Gibson a fait un don ce 10 millions $ à deux hôpitaux de Los Angeles pour payer pour le traitement d’enfants malades d’outremer.

Los Angeles : Michael Jackson est en beau maudit après le rapper US Eminem, et a qualifié de «outrageux et irrespectueux» un vidéo qui se moque du roi du pop (Mickael Jackson lui-même) et le montre en train de tripoter des enfants.

lundi, janvier 02, 2006

Canard à vapeur 03-89 (12 oct 04)

Nouvelles du 12 octobre 2004

Météo : Pas trop de vent, pas trop de nuages.

Destination : Nous partons ce soir pour Hantsport, à minuit. Arrivée prévue vendredi le 15 à 10h12.

Nouvelles locales : J’AI REÇU MES INFORMATIONS DE VOL!!!

Activités : Ouvrir la pompe que je ne pouvais pas ouvrir avant d’avoir remplacé la soupape de refoulement. Ce qui est fait, je n’ai donc plus aucune excuse pour procrastiner. Cette pompe (la GS pump, ou pompe de service général) est le cauchemar de tout second, parce que sa base est tellement corrodée qu’elle est presque impossible à aligner correctement avec son moteur…

Nouvelles internationales :

Bagdad : La milice de Sadr a commencé à rendre les armes, mais d’autres attaques anti-américaines continuent d’avoir lieu.

Kabul : Une lueur d’espoir dans l’élection controversée en Afghanistan : le parti rival du président sortant dit qu’il acceptera le résultat après une enquête indépendante sur les allégations de fraude.

Luxembourg : L’Union Européenne lève un embargo de 18 ans sur les armes en Lybie, puisque la nation a renoncé aux armes de destruction massives. (Tous les pays devraient avoir un embargo sur les armes. Comme ça, on se tuerait à coup de machette, c’est plus propre.)

NY : 53,64$ le baril de pétrole.

Abuja : Les chefs syndicaux du Nigéria ont décidé de continuer une grève générale de 4 jours pour protester contre la hausse des prix du pétrole.

NY : Human Rights Watch a donné une liste de 11 personnes suspectées d’appartenir à Al-Qaida, qui seraient détenus en secret par la CIA dans différents lieux outre-mer et dont certains seraient soumis à la torture.

Jérusalem : Ariel Sharon a fait un geste pour accélérer son plan de retrait de la Bande de Gaza en annonçant que le vote parlementaire sur le projet controversé aura lieu dans deux semaines. (Et pendant ce temps, la construction de la barrière continue…)

Nouvelle triviale : Los Angeles : Les amis et les fans de superman ont rendu hommage au courage de Christopher Reeves, décédé 9 ans après qu’un accident de cheval l’ait rendu infirme.

dimanche, janvier 01, 2006

Canard à vapeur 03-88 (11 oct 04)

Nouvelles du 11 octobre 2004

Météo : +12,5ºC, vent de 28 nœuds relatif, dans la face.

Destination : Le pilote est à bord, nous arrivons à NY.

Nouvelles locales : Le Queen Mary n’est plus en vue, il a dû nous dépasser pour aller accoster tôt ce matin.

Daniel le huileur et Jonathan le goéland (non, le matelot) débarquent ce midi.

Nous avons reçu un fax de Frank de Manille (notre agent du personnel) qui dit qu’il travaille sur nos billets d’avions, à mon remplaçant et à moi! Veut-ce dire que mon remplaçant daigne se présenter à temps??? J’en suis baba!

Nous avons un test de pipi à l’arrivée à Stony Point. Il s’agit d’un test de dépistage de drogue. Nous devons remplir un petit contenant, sans tricher et l’arrivée d’eau est fermée aux toilettes réservées à cet usage pour éviter la triche. Tout le monde en rang! Chacun son tour! Dans l’ordre et la dignité!

Activités : La manœuvre, et puis, basta, je me pogne le cul le reste de la journée!

Nouvelles internationales :

Kabul : Des officiels des élections se préparent à investiguer les plaintes de fraude et les irrégularités aux points de scrutin afghans. Les élections se sont tout de même passées dans la paix, des millions d’hommes et de femmes sont allés voter en dépit des menaces de violence.

Islambad : Le président du Pakistan Musharraf dit qu’il croit que Ben Laden est vivant mais qu’il n’est pas sûr en quel endroit il se cache. (C’est beau, être Président! On publie ton opinion, même si elle est d’une telle banalité!)

Sydney : «Australian Prime Minister vows to keep his promise». (Autrement dit, il promet de tenir ses promesses. Les dirigeants n’ont vraiment rien à dire, aujourd’hui!)

Vilnius : Le parti du millionnaire russe a gagné 29% des votes dans la première ronde des élections parlementaires de Lithuanie, le portant en avant de la coalition de l’aile gauche au pouvoir.

Nairobi : Abdullahi Yusuf Ahmed a remporté les élections présidentielles en Somalie et promet de faire tout ce qu’il peut pour reconstruire son pays dévasté par les combats et qui n’a pas eu de gouvernement depuis 1991.

Yaoude : Élections présidentielles au Cameroun, avec le Président Paul Biya presque certain de l’emporter.

Ces nouvelles ont été consacrées aux élections dans le monde, on dirait! Pas trop de tripes et de sang pour aujourd’hui, à part deux morts à Bagdad.

Nouvelle triviale : Washington : L’acteur Christopher Reeves, le Superman de l’écran, est mort à l’âge de 52 ans.