mardi, septembre 13, 2005

Canard à voile : jour 5

Jour 5 (le 17 mai)

06h. Une autre cruelle journée de notre dur périple s’amorce! Allons nous survivre encore aux nouvelles épreuves que ce jour va amener?
Je suis assise dans le cockpit au soleil qui vient de se lever, avec mon ordinateur et mon café frais percolé.
Chacun son truc pour réveiller l’autre : moi c’était la ruse du café. Paul, lui, a rusé en éternuant à proximité de la cabine arrière. L’effet fut immédiat : il a réveillé tous ceux qui y dormaient! JM s’est recouché, son quart n’est qu’à 09h, après le mien. Je me suis levée et j’ai préparé du café (maintenant que je sais le faire!!!)

Nous sommes à 330 milles de notre point milieu et à 308 milles des Bermudes. Je viens d’aller voir les instruments : écho sur le radar à trois heures (ça, ça veut dire à la droite!) et à 6,18 milles. Je regarde avec les jumelles : c’est un navire marchand qui va nous passer en arrière très loin. Rien d’inquiétant. Allez, ouste, les navires marchants! Quelle plaie, hahaha! Pour une fois que ce n’est pas moi qui est dessus!

Pas un nuage dans le ciel. L’humidité de la nuit se dissipe. La navigation est vraiment facile depuis hier : en plus de faire beau, nous n’avons pas d’ajustement de voile à faire, le vent est constant en direction et en force.
Nous n’avons pas de nouvelles du monde extérieur. Je ne peux pas commenter l’actualité, nous ne savons rien de ce qui se passe ailleurs. Mais nous recevons toujours les fax météo d’environnement Canada donc nous n’avons pas été éradiqués par une guerre nucléaire.

Notre position à 16h : 34°05,6'N et 59°18,5'O

lundi, septembre 12, 2005

canard à voile : jour 4

Jour 4 (16 mai)

04h. Jour 4. Enfin, «jour», c’est un peu exagéré puisqu’il fait encore un peu noir… Mais enfin on sent que le soleil veut se lever. La lune s’est levée il n’y a pas si longtemps, c’est un mince croissant. Demain ce sera probablement la nouvelle lune, puis on la verra enfin croître.

Rien à l’horizon depuis le début de mon quart, à 03h. Nous sommes full voile, moteur au ralenti, au neutre. Je pense que nous n’irons pas aux Bermudes finalement. Le vent est bon et la navigation sera plus plaisante si nous arrivons via notre «point milieu», un peu à l’ouest des Bermudes, plutôt que par le nord directement, ce qui serait le cas si nous arrêtons aux Bermudes. Tant pis pour mon boss des Bermudes, je n'irai pas lui faire de pied de nez.

04h15, je ne vois toujours pas le soleil. Il fait clair un peu, mais ça pourrait être mieux. J’en ai jusqu’à 06h avant la fin de mon quart. 484 milles nautiques avant notre point milieu. On en a fait plus de la moitié, donc le quart de notre voyage environ. Nous sommes presque à la hauteur de Norfolk.

Le soleil tarde à se lever...


Hier après midi, nous avons réparé la poulie du premier ris de la grande voile. Le bateau est bien équipé en outils. Il y avait même un étau dans la petite salle des machines, alors j’ai pu redresser la plaque d’appui de l’ancienne poulie, qui était pliée à 90°. Pendant ce temps les autres préparaient vis, perceuse, faisaient les trous dans la bôme… Il faisait très chaud dans la salle des machines, on n’y était pas bien comme au début, dans le nord!!!

05h30 : Je pense à faire du café pour que l’odeur réveille Jean-Marc. Ainsi je ne paraîtrais pas cheap de le réveiller plus tôt que son quart, et j’ai l’air d’être bonne pour lui et lui préparer son café. Mon plan tombe à l’eau, je m’aperçois que je ne sais même pas quelle soupape de gaz correspond à quel rond sur le poêle. C’est là que je me rends compte qu’en 4 jours je n’ai jamais fait la bouffe.

Pour me faire pardonner, le midi, je leur prépare une de mes spécialités, mais avec les moyens du bord : pain hamburger au lieu de pita et mayonnaise au lieu de sauce tzatziki. Ils se régalent quand même. On fait ce qu'on peut.


Ça c'est moi à 05h du matin, puis encore moi dans l'après-midi...


22h, sur mon quart de 21 à 24h.
Journée pleine de péripéties, qui agrémentent le cours monotone du temps. Tout a commencé avec le fil de canne à pêche qui s’est emmêlé. Petit drame.


Puis, nous avons découvert un peu d’eau dans les fonds, sous une trappe sous le tapis. Nous avons procédé à son pompage. Dans ce compartiment, il y avait deux ancres de surplus, entourés d’une couverture, deux sacs pleins de couvre-voile, un aspirateur. Nous avons tout sorti pour faire sécher et pomper le fond. La salle de séjour était pleine des morceaux de tapis, des trappes soulevées, nous avions peine à y bouger. Déjà que normalement c'est pas grand...

Nous avons arrêté le moteur complètement pour la première fois depuis notre départ. Vu que nous paranoïons les batteries, nous les avons vérifiées. Mais en passant d’un banc de batteries à l’autre pour les tester individuellement, la procédure a eu pour conséquence de couper momentanément des choses essentielles telles que le pilote automatique, le GPS, et l’arrivée de gaz pendant la cuisson de notre gigot d’agneau.

Nous avons fini par tout remettre en fonction (sauvons le gigot d’agneau!!!). Nous avons redémarré le moteur quelques heures plus tard, le vent était tombé et nous n’avancions presque plus. Sauver du fuel, c’est bien, mais avancer, c’est encore mieux! Et finalement, pas de moteur, c’est presque aussi bruyant qu’avec. On entend l’hélice tourner dans le courant, et le bruit irrégulier du pilote automatique.

Le niveau de mayonnaise devenant alarmant, je tente d’en fabriquer une. Succès total, tout le monde est rassuré, nous ne manquerons pas de mayo pendant toute la durée du voyage!

Cette nuit, il fait toujours aussi chaud, et en plus, très humide. Les plastiques de protection entourant le cockpit sont tous pleins de bruine, les sièges sont mouillés. Beurk. Mais on voit les étoiles, le vent est frais, on n’est pas trop penchés.

Nous sommes à 390 milles de notre point milieu, qui est en fait un peu plus loin que le milieu. Il représente notre objectif pour contourner les courants contraires et prendre les alizés pour revenir vers St-Martin. Nous avons un joli coucher de soleil. Paul tente aussi de le photographier...


Je me suis lavé les cheveux cet après-midi. Je n’ai utilisé que 2/3 de gallon d’eau douce, j’ai donc gagné le droit de les relaver une fois avant la fin du voyage!

Paul a fait le point avant d’aller se coucher. Il a aussi fait la vaisselle. Il est bon. Il est aussi meilleur photographe que moi. Ou il a un meilleur appareil...Position de midi : 37° 05,8’ N et 59° 21,3’ O.

samedi, septembre 10, 2005

canard à voile : jour 3

Jour 3 (le 15 mai)

09h50. Je ferai le point à 10h. Hier, le temps s’est morpioné dans l’après-midi. Après que nous ayions vu les dauphins! Une bonne douzaine, je n’en avais jamais vu de si près! Sur le Baron, nous étions très hauts, quand je les voyais mais là, nous étions à leur niveau! Magnifique spectacle! (J'ai pas de photos car Paul a fait délete, par erreur... par contre j'ai une jolie photo de méduse. Enfin je crois que c'est une méduse...)
J’avais un quart de 19 à 22h, puis cette nuit de 02 à 04h. Je croyais être bonne pour voir un superbe lever de soleil comme hier matin, mais peine perdue, j’étais à l’affût de la lueur du jour à partir de 03h30, mais… rien. Le noir sidéral et interplanétaire. Je me suis recouchée avant que le soleil se lève.

Mauvais quart : beaucoup de tangage, en plus Paul m’avait stressée en mentionnant que selon ses calculs, nous avions encore seulement pour 3 jours de combustible max. La panne sèche, le cauchemar de tout chef mécano. Mais ça n’avait pas l’air d’énerver Paul, puisque nous sommes sur un voilier. Sauf que l’alternateur est mené par le moteur principal… Pas de moteur, pas d'alternateur, donc pas de batteries, donc pas d'électricité... À gauche sur la photo, je surveille la jauge de carburant...

OOOOH c’est de nouveau l’heure du point! (Avec Simon Durivage!) J’aime bien faire le point (mettre notre position sur la carte) et je le fais le plus souvent possible. Ma seule limite est que sur l’échelle de carte que nous avons en ce moment, les points sont à une distance de quelques millimètres seulement les uns des autres. Ce n’est pas très encourageant… Notre carte actuelle part du Groenland et se rend jusqu'en Amérique du Sud...

Voilà, les données sont prises, je porterai le point sur la carte tout à l’heure. Rien ne presse, pas grand-chose autour… La précision du GPS est de 14 pieds par moments. Avec notre échelle de carte qui donne 10 milles nautiques au millimètre, c’est un luxe inutile! Par contre, j’aimerais bien que le téléphone satellite fonctionne.

Paul décide que nous passerions par les Bermudes! Le vent est trop chiant pour que ça vaille la peine de continuer à voile dans notre direction initiale. Nous n’en pouvons plus de joie! Nous pourrons prendre du fuel, de l’eau douce, quelques provisions fraîches (quoique nous ne sommes inquiets ni pour l’eau potable ni pour la bouffe), régler le cas du téléphone satellite, et en prime, je pourrai aller faire un pied de nez de près aux dirigeants de la Gypsum (mon employeur habituel sur le navire marchand)!

Le temps s’est considérablement adouci, nous troquons nos trois épaisseurs de chandails et de pantalons pour des T-shirts. Le soleil s’est montré, la brume de ce matin s’est levée.

Nous décidons de remplacer les petits quarts de 2 heures par des quarts de 3 heures. Fini l’alternance 2 heures/3 heures, les quarts dureront tous 3 heures avec 6 heures de repos. Nous sommes tous épuisés de notre dernière nuit. J’ai fini mon quart de 09 à 12h, mon prochain quart sera de 18 à 21h puis de 03 à 06h. Parfait, j’aime bien voir le soleil se lever!

12h30. Nous venons de croiser un autre voilier, nous nous sommes parlés sur le VHF, c’était sympathique! C’est un Allemand, je crois, nous avons communiqué en anglais, ils allaient je ne sais trop où, je n’ai pas compris, mais ils semblaient traverser vers l’Europe. Ils ont manifesté leur surprise et leur ravissement de rencontrer une autre voile au beau milieu de l’Atlantique.

On ne voit qu'une petite crotte blanche à l'horizon, mais pour nous, c'était la fououououle!

Le Fax n’arrête pas de cracher des feuilles de météo.

Position de midi : 37° 17’ latitude, 59° 55’ longitude. Nous sommes à peu près à la hauteur de Norfolk, environ… Il fait encore un peu froid…

Zut, je me rends compte que j’ai oublié d’avoir peur et de me raconter des histoires au sujet de cette voile : ça aurait pu être un pirate et nous aurions pu vivre des aventures extraordinaires!!! Tant pis, ce sera pour la prochaine fois!

vendredi, septembre 09, 2005

Canard à voile : jour 2

Jour 2 (le 14 mai)

Je suis en pleine forme ce matin! J'avais commencé ce voyage en prenant une brosse de deux verres de vin et demie, mais maintenant, fini le mal de coeur! Il est 04h, je me suis levée pour mon quart qui ne va durer que 2 heures.
Nos horaires de quart sont assez fantaisistes : nous alternons des quarts de 2 heures et des quarts de 3 heures… Une idée de Paul.

Il fait déjà clair, et la lune est un mince croissant en D, donc qui décroît. Comme dans «D». Ça veut dire que dans 2 jours, à la nouvelle lune, je n’y verrai plus rien la nuit. Aïe!

Mon quart d’hier soir était très mouvementé. Je suis arrivée à 20h, le soleil était déjà couché, et nous arrivions dans une zone de plate-formes de forage. Une armada de lumières à l’horizon, de multiples échos sur l’écran du radar. Je devais les surveiller tous, je n’étais pas sûre si ces lumières étaient fixes ou mobiles.

Aujourd’hui promet d’être plus tranquille, nous sommes pas mal au large. En plus, la mer est vraiment calme...


Le GPS que Paul a réussi à programmer nous dit que nous sommes à 793 milles nautiques de notre point de milieu. Nous traversons en ce moment le courant du Labrador, qui nous pousse vers l’est, puis nous arriverons au courant du golfe Stream, qui nous repoussera un peu vers l’ouest, mais nous ralentira aussi dans notre course vers le sud.

L’idée est donc de passer au plus vite ces deux courants, de manière à nous retrouver en bout de course avec des courants favorables, et les alizés qui nous ramènerons à St-Martin. Nous nous dirigeons donc vers un point intermédiaire, à mi-chemin de St-Martin, mais un peu vers l’ouest. C’est plus facile avec une carte, je sais…

Paul a tenté à son tour de réparer la chaufferette mais tout ce qu’il a réussi à faire, c’est brûler son Kanuk. Il en fait une réparation d’urgence (à son Kanuk) avec du duck tape. Paul est un vaillant couturier...

Pour l’instant, pas trop de vent. La mer est calme. J’ai mon ordi, que je peux recharger à volonté, et écrire directement sur le traitement de texte, comble du luxe.

11h. De nouveau mon quart. Nous alternons toujours des blocs de 2 heures de quart avec des blocs de 3 heures. Le ciel s’est couvert, le vent s’est à peine levé (2 nœuds). Juste assez pour monter les voiles. Nous tentons de manger ce qui est périssable de façon à ne pas perdre de bouffe. Petit-déjeuner de manger mou (du jambon haché, souvenir des goûts barbares de nos prédécesseurs), un reste de baguette, laitue, tomate. Alerte de bas niveau : le pot de mayonnaise se vide à vue d’œil! Heureusement, nous en trouvons un autre pot dans une armoire.

Il reste une multitude de sacs de chips et de cochonneries. Mais contrairement à ce qui ce passe à terre, quand on n’a rien à faire, on ne gaspille pas ce précieux temps libre à manger. La lecture, l’écoute (à partir de mon ordi) de «caca dans la bruyère» ou de «l’album de Youri Globenflobitch», prendre des photos ou des vidéos, écrire, toutes ces choses sont autrement plus intéressantes que grignoter. Et puisqu'il est difficile de faire tenir un bol de chips à l'horizontale sur un bateau perpétuellement incliné et en mouvement, on se garde nos mains pour des activités plus intéressantes.

Rien sur l’eau de toute la matinée, à l’exception d’un morceau de bois qui flottait, de quelques oiseaux de mer et d’un pauvre moineau ébouriffé qui est venu se reposer un peu sur le pont. On le voit un peu à la droite du mât...
Nous avons monté les voiles, ça fait joli, mais sans beaucoup d’utilité dans ce temps de calme plat.


Nous restons avec le moteur, avec une moyenne de 7 nœuds. On est loin d'être arrivés! On n’y pense même pas!

À midi nous étions à 42° 06,3’ de latitude nord et nous devons nous descendre à 18° 22,3’!!!