dimanche, septembre 25, 2005

Canard à vapeur 03-02 (17 juil 04)

Je rappelle à tous que la rubrique « courriel du lecteur » reste ouverte, n’hésitez pas à nous envoyer (je me nounoie, en fait je suis seule) vos (brefs) commentaires!!! (on ne va pas y passer la nuit non plus!)

Nouvelles du 17 juillet 04

Météo
: Beau, pas de nuages, chaud, peu de vent.

Destination : Nous sommes partis ce matin pour Boston, avec une halte à l’ancre à Stapleton (au pied de la statue ou presque) pour prendre du fuel. Ici nous voyons NY by night, au passage...


Nouvelles locales : Kaz (l’électricien polonais) est débarqué hier, il prend 5 semaines de vacances. Contrairement à ce que je croyais, Burak ne débarquera pas avant 5 semaines! C’est le capitaine bonbon qui part pour quelques semaines de vacances quand Arek le premier maître polonais va arriver, au prochain Stony Point.

Puisque nous sommes en mer, nous ne sommes plus soumis au « security level 1 » et nous pouvons désormais retirer le cadenas de toutes nos portes qui mènent à l’extérieur, de même que celles de la salle des ventilateurs, des compresseurs de frigidaires, de la génératrice d’urgence etc… toutes barrées au cas où un terroriste viendrait à s’introduire dans notre navire. Ce niveau de sécurité est le plus relâché (normal operation), il existe aussi « security level 2 » (heightened awareness) et « security level 3 » (completely paranoïd panicking). Ces niveaux entrent en vigueur dès réception du pilote (fin de passage en mer) et se terminent quand nous retournons en pleine mer. C’est Washington qui décide du niveau requis.

Activités : La barge de fuel arrive théoriquement à 05h30... Plus tard : La barge est arrivée à 06h30. Burak s’énervait parce que ça prenait du temps à pomper, comme si je pouvais aller plus vite que le tuyau! Après notre départ, on a eu la paix, il est allé se coucher. Nous prendrons le canal du cap Cod cette nuit.

Ici, magnifique lever de soleil alors que nous sommes ancrés en train de prendre du fuel et que le capitaine s'énerve. Mais on s'en fout (que le capitaine s'énerve)...

Nouvelles internationales :

Il semble que nous vivons en des temps troubles. Ou bien est-ce que je me tanne d’écrire toujours le même genre de nouvelles? Que retiendront nos livres d’histoire dans quelques siècles? Sur ces propos philosophiques, je vous fais grâce des bombes, des kidnappings, des attaques au premiers ministres et des Martha Steward en prison.

Nouvelle triviale : Je ne peux passer sous silence le fait que les États-Unis reconnaissent maintenant l’obésité comme une maladie et leur plan de santé paiera désormais certains frais de traitement.

samedi, septembre 24, 2005

Canard à vapeur 03-01 (16 juil 04)

Nous repartons aujourd'hui vers de nouvelles aventures, un autre contrat commenté de votre rédactrice en cheffe du canard à vapeur sur le SS Gypsum Baron!


Nouvelles du 16 juillet 2004

Météo : Nuageux.

Destination : Je suis à Stony Point, je suis arrivée hier soir à New-York, de Paris (en avion, pas en bateau). Nous quittons SP le 19 à 01h48. Ensuite nous allons à Hantsport, SP, Hantsport, Baltimore, Hantsport, Boston, Hantsport, Stony Point, Hantsport, Baltimore, ce qui nous mène au 15 août déjà. Ouais, bon, je viens d'embarquer...

Nouvelles locales : Hier soir, l’avion a atterri à 20h30, à l’heure. Mais les portes ne fonctionnant pas, nous avons dû changer de position (l'avion, pas les passagers, qui, eux, sont restés pognés à l'intérieur de l'avion) et nous sommes sortis vers 21h30. Personne pour m’attendre à l’aéroport. Heureusement, j’avais encore la carte de l’agent de New York, par un hasard extraordinaire. Il a fini par me trouver (le con!) et je suis arrivée à bon port à Stony Point vers 23h.

Mais je n'étais pas au bout de mes peines : c’était sans compter les nouvelles règles anti-terroristes!!! Il y avait une barrière fermée à l’entrée du quai de la Gypsum, ce qui est nouveau. L’agent a klaxonné, un homme en casque et en lampe de poche est venu voir, il a pris nos identités (au travers de la grille cadenassée), puis m’a fait ouvrir mes valises, puis il renvoie l’agent et son auto avant de me faire entrer. Je dois donc faire les 500 mètres qui me séparent du bateau à pied, une valise à chaque main. Dans le noir. Toute seule. Pffft. Une chance que je voyage léger!

Enfin on m’a vue, du bateau, un cadet est accouru pour me porter une valise, puis Daniel (on se souvient de Daniel, le chanteur de charme karaoké à la voix d’Assurancetourix) est sorti de la salle des machines pour me porter la seconde valise, puis, sur le pont, Padua, le matelot de garde, me demande de signer le registre des allées et venues (enfin, il ne m’a pas demandé ma pièce d’identité, je devrais peut-être le dénoncer aux autorités!!!). Finalement, je rencontre Kaz l'électricien polonais qui me baragouine les dernières nouvelles en polonais avec enthousiasme, et moi je ne pense qu’à aller rejoindre mon lit dans ma cabine. Il est plus de 06h du matin, heure de Paris!

J’ai tout de même appris que Burak est capitaine, que Benoit (le capitaine bonbon) est premier maître et sera repromu capitaine dans deux semaines, au débarquement de Burak. Arek (le premier maître rigolo et polonais) viendra le remplacer. Bonne équipe!

Le chantier aura lieu en janvier (mamma mia, je n’y couperai pas!!!) soit au Portugal, soit dans les Caraïbes, on ne sait pas encore.

Et Kaz part en vacances pour 4 semaines. Je vais encore être pognée pour faire les jobs de l’électricien en son absence!

Burak s’est levé de bonne heure ce matin pour prendre ma photo dans le but d'en faire une carte d’identité anti-terroriste.

Activités: Je dois aller faire un tour de salle des machines avec l’autre second avant qu’il ne débarque. Le shut-down (qui consiste à arrêter le plan vapeur au complet dans le but de faire des réparations) a eu lieu à Boston au dernier voyage, je m’en tire donc. J’ai bien fait de ne pas embarquer la semaine dernière!!! On doit prendre du fuel en quittant NY.

Dernière minute : le déchargement est arrêté dû à un bris du côté de la terre. Nous partirons donc cette nuit comme prévu mais pour aller continuer le déchargement à Boston. Tout le monde se réjouit.

Nouvelles internationales et triviales du 15 :
Quelques brèves nouvelles datant d’hier : Les gays sont contents de la décision du Sénat de ne pas amender la constitution américaine pour restreindre la définition du mariage comme étant entre un homme et une femme. Violence en Irak. Grève générale au Pérou. La fille de Bush pose pour Vogue, pour aider son papa à gagner les élections. Slim-Fast retire sa pub avec Whoopi Goldberg parce que celle-ci a critiqué le Président à une levée de fonds la semaine dernière.

Nouvelles internationales et triviales du 16 :
Bah, rien d’interessant…

Soyons brève aujourd’hui, ce n’est que le numéro un, ne nous énervons pas.
Au revoir, de votre rédactrice en cheffe!

vendredi, septembre 23, 2005

Canard à voile : épilogue

Épilogue

Nous avons su un peu plus tard que le proprio, n’ayant eu aucune nouvelle de notre part et se doutant que c’était la faute du téléphone satellite qui ne fonctionnait pas, a décidé de se rendre à St-Martin à tout hasard, justement le 24 mai, jour de notre arrivée. Son avion a atterri à 10h, soit une heure après que nous ayons jeté l'ancre.


Nous avons quand même réussi à le battre de vitesse d’une heure!

Nous nous sommes rendus à terre, chercher quelques provisions fraîches (nous avons sauté sur les fruits et légumes!!!) pour contrer notre scorbut galopant... Nous avons ensuite rencontré notre proprio (de voilier, pas d'appart) à notre point de rendez-vous désigné, une jolie villa toute fleurie.


Notre mission était accomplie. Pleine de dangers, d'aventures et de scorbut. Je pouvais rentrer. Je n'ai effectivement pas tardé, j'avais hâte de retrouver mon petit chez moi, en profiter un peu avant mon prochain contrat, sur un navire marchand cette-fois.

Le lendemain, je prenais l'avion pour Montréal, via NY. On voit ici la baie de Marigot où nous étions ancrés...


Puis New-York pour une brève escale...


Et enfin Montréal (by night)...


Oui, je sais, c'est noir. On reconnaît tout de même le village olympique, ces espèces d'appartements en triangles tout éclairés.

Et enfin, munie des mes notes manuscrites et de mon ordinateur portable, je pris l'autobus pour Rimouski...
Fini de transcrire dans l’autobus Orléans Express, entre Montéal et Rimouski, le 27 mai…
Ne manquez pas les aventures suivantes de mon prochain contrat sur le Gypsum Baron «The return of the Creepy Second Engineer!!!»

jeudi, septembre 22, 2005

Canard à voile : jour 12

Jour 12 (24 mai)

05h : TERRE EN VUE!!!


Hier soir, le mauvais temps de la journée a laissé la place à un calme plat : nous avons dû, encore une fois en pleine nuit, rentrer le peu de voile que nous avions encore et augmenter le régime du moteur, nous n’avancions plus et le courant nous déportait à l’ouest d’Anguilla, que nous préférions contourner par l’est.

Les feux de position improvisés ont tenu le coup, les piles fonctionnaient encore ce matin.

Nos périodes de dodo étant constamment interrompues, nous devions lutter contre le sommeil pendant nos périodes de quart. Inutile de dire qu’à 03h, je ne me suis pas attardée, même pour attendre de voir les premières lueurs de la civilisation.

Je me suis tout de même relevée à 05h, avec le soleil, et j’ai pu voir au loin une bande de terre!

Nous avions assez d’énergie (l'énergie des batteries, pas la nôtre!!!) pour alimenter le poêle à gaz, j’ai fait du café. En sortant du cockpit, je fais «AAAAAAH!». Nous n’étions qu’à une centaine de mètres d’une falaise! La terre, qui me semblait un concept tout théorique, même quand je la voyais de loin, s’était rapidement rapprochée! Nous y étions pour de vrai!!!

Nous avions rattrapé notre dérive en ouest, ce qui nous permettait de passer comme prévu à l’est d’Anguilla. Paul, qui connaît bien le coin, décide de prendre un raccourci : entre Anguilla et l’île Scrub, il y a un petit passage d’une centaine de mètres de large, qui nous évite un détour de plus d’une heure.


Le passage me semble bien étroit, moi qui suis habituée de barrer en pouvant jouer des coudes avec un jeu de 500 milles marins de chaque côté. Tant pis, on passe!


Puis les nuages se sont tassés, comme par magie...




Hier soir, sous la pluie et le vent, nous faisions des projets pour le lendemain : Douche? Resto? Avion? Téléphone? Mais tout ça avait la saveur d’un rêve, nous n’y croyions pas trop. Ce matin, par contre, c’est du concret!

Aussitôt après notre périlleux passage du petit chenal, un gros arc-en-ciel nous a accueillis!



07h50 : Nous sommes entre les îles de St-Martin et Anguilla. On commence à voir St-Martin au travers de la brume... Nous hissons le drapeau français...










09h : Nous sommes dans la baie de Marigot, notre point d’ancrage! 09h pile, nous avons la main sur la clé du moteur pour enfin pouvoir l’arrêter! Nous n’en aurons plus besoin. Le moment est sacré, nous retenons notre souffle…


...et le moteur ne s’arrête pas! Dernier pied-de-nez, lui qui nous a causé tant d’inquiétudes de peur de le voir s’arrêter, il refuse maintenant de se taire!

Allez zou! La manette des gaz à zéro et peuf peuf, il s’éteint enfin.


Le calme.


La quiétude.



Nous n’en revenons pas. Le silence nous fait mal aux oreilles. Nous parlons en chuchotant pendant quelques minutes…


Nous procédons ensuite aux tâches d’arrivée. Il faut ranger un peu le bateau, préparer le dingy, vérifier si le moteur hors-bord fonctionne toujours, en trouver le réservoir d’essence, trouver les rames, au cas. Préparer aussi les poubelles, qui ont été entreposées dans le dingy durant le voyage. Mais la gestion en a été si bien faite que nous n’avons produit que des poubelles qui sentent bon. Il faut aussi pomper les cales (nous avions bien essayé plus tôt en mer mais le roulis nous empêchait d’y arriver efficacement). Et… sauter à l’eau!